Pop-up Zoo

Fabian Meulenyser
11 mars 2020

Prenez un musée qui a attiré plus de 200 000 visiteurs en 4 ans et rassemblez-y 11 artistes internationaux autour de l'anthropomorphisme. Secouez le tout, recadrez un minimum et vous obtiendrez Zoo, l'expo majeure du Mima en 2020. Il fallait bien que Mu in the City s'y déplace...

Chasser ses obsessions en allant au zoo, c'est possible ! Et pas besoin de se déplacer jusque Cambron-Casteau, puisque votre exutoire se trouve à front de canal, à Molenbeek... Ce Zoo d'un nouveau genre, plus écofriendly que l'original, c'est la dernière expo en cours au Mima, qui accueille onze artistes internationaux jusque fin août. C'est un peu décousu - les fans diront sauvage - mais, dans le petit paquet de propositions et de styles que ce Zoo nous délivre, il y en aura certainement quelques-unes pour titiller vos pupilles.

Quand on débarque au Mima, il ne faut pas s'attendre à une soudaine révélation métaphysique. Pour tout dire, ce n'est pas vraiment ce qu'on vient chercher. Et c'est sans doute ce qui fait, en partie, le succès du musée. Sa grande force, c'est sa configuration sur trois étages, qui permet de varier drastiquement les ambiances et les styles sans trop choquer visuellement. Au fil des chapitres de l'exposition, le bâtiment de l'ancienne brasserie Bellevue démontre qu'on peut réussir sa reconversion à tout âge.

On entre directement dans une salle du trône psychédélique réalisée par Finsta, un artiste suédois tout-terrain plutôt connu sur les réseaux sociaux et qui compte quelques collaborations grand public prestigieuses - dont une avec une célèbre marque américaine de sportswear. Cette immersion donne tout de suite le ton et n'est pas sans nous rappeler d'autres in situ particulièrement réussis depuis l'ouverture du musée en 2016 (Hell'o, Hayuk, Husk Mit Navn, pour ne citer qu'eux)

Petite surprise : un shop a désormais été installé à l'intérieur du musée, il propose un merchandising plus large et mieux mis en valeur qu'à l'entrée. Ce n'est pas spécialement négatif mais quand même un peu curieux...

A l'étage, on retiendra l'espace offert à Pablo Dalas, indéniablement l'un des plus gros prédateurs du Zoo. L'artiste français installé à Bruxelles joue sur le smear, un effet utilisé dans les films d'animation qui consiste à déformer un personnage pour lui donner une impression de mouvement. Utilisé au départ pour gagner du temps, le procédé est ici exagéré par Pablo pour créer une impression inquiétante, perturbante mais surtout visuellement bluffante.

Seul Belge parmi ce casting international, le Liégeois Laurent Impeduglia se distingue par des œuvres colorées truffées d'humour caustique, le tout saupoudré d'une touche folklo typiquement "wallifornienne". On aime aussi la proposition de Ryan Travis Christian, dont les dessins corrompent subtilement (parfois moins...) l'esthétique des anciens cartoons, subversion critique du ton trop conformiste façonné par l'industrie du divertissement. On n'oubliera pas non plus la mise en abyme très réussie de la vedette Steven Harrington.

Dernière petite surprise : pas de collection permanente au troisième étage ! Elle s'éclipse pour laisser la place à l'artiste lituanienne Elge Zvirgblyte et son temple de transmutation, qualificatif un peu pompeux qui n'en est pas moins une belle réussite graphique.

Notons quand même un bémol : les informations sont distillées de manière un peu trop lapidaire dans l'expo, sans compter quelques fautes de français essaimées çà et là. On a beau avoir compris se trouver dans un musée à visée internationale, ça la fout quand même un peu mal... Ceux qui voudront étancher leur polydipsie d'infos devront prendre le temps de consulter leur cerveau mobile, ou bien checker leur agenda pour profiter d'une visite guidée.

Au final, l'impression reste plutôt positive : il faut avouer que, dans cet étal de chair fraîche, on trouve facilement de quoi grignoter. C'est hétéroclite, irrévérencieux, frétillant... Serait-ce trop tôt pour dire que c'est du Mima pur jus ? Une chose est sûre : jusqu'à la fin du mois d'août, ce Zoo risque de saturer pas mal de cartes mémoire.

Zoo
Mima
39 quai du Hainaut
1080 Molenbeek-Saint-Jean
Jusqu'au 30 août 
Expo prolongée jusqu'au 3 janvier 2021
Du mercredi au vendredi de 10h à 18h
Samedi et dimanche de 11h à 19h
www.mimamuseum.eu

 

Fabian Meulenyser