MIMA reload, une douzième histoire contemporaine

Eric Valenne
09 mars 2022

Le Millenium Iconoclast Museum of Art à Bruxelles vient d’inaugurer sa douzième expo. Après six années d’existence, le MIMA explore (déjà) son passé et projette son avenir. Il se renouvelle et se dévoile en exposant toute sa collection permanente mais également des œuvres inédites. Et se pose la question de savoir ce qu’il sera dix ans après sa création, soit dans quatre ans. C’est la deadline auto-imposée pour répondre à la pertinence de son existence. Sous peine de fermer ses portes, carrément.

Et s’il trouve une réponse positive, alors il continue…

En attendant, ce sont 120 œuvres de 61 artistes des quatre coins du monde qui s’admirent dans ses salles. Une occasion qui donne autant de portes d'entrée sur des univers d’artistes que de questionnements sur notre époque via des images de la création contemporaine originale. Où se mêlent artistes de studio qui ont un pied dans l’art contemporain mais également dans d’autres disciplines (musique, arts de la rue, skateboard, etc.), qu’ils soient grapheurs dans l’espace public ou utilisateurs de réseaux sociaux, graphistes, etc.

Sur trois étages, les œuvres racontent une chronologie, une histoire contemporaine dans laquelle les réseaux sociaux ont désormais leur place.

Raphaël Cruyt, commissaire de l’expo : "On avait déjà montré des fragments de notre collection, mais c’est la première fois qu’on la montre en entier. A une époque où les modèles économiques changent avec les compagnies lowcost qui font voyager et découvrir l’Europe, avec les avalanches d’infos et les lanceurs d’alertes, avec les modes de communication et les nouveaux réseaux sociaux qui explosent littéralement, cette expo se présente sur trois plateaux différents pour raconter une plus grande histoire, celle de notre société. Laquelle passe de l’euphorie au scepticisme... Dont nos artistes sont les témoins."


La Caverne

Il y a tout d’abord La caverne du premier étage. La caverne ? Comme un clin d'œil à Platon qui critiquait une connaissance biaisée de la réalité au vu des seules ombres qui bougeaient sur les parois d’une grotte. Ces ombres livrent une réalité, la leur. Ne sommes-nous pas un peu dans cette réalité d’ombres déversées sur les petits écrans de nos grottes ? La question est posée. Ces illusions du réel sont comparables pour le MIMA aux peintures du premier niveau, lesquelles n’ont encore jamais été exposées ici. Et qui vantent une culture filtrée par les écrans et les réseaux sociaux. Une culture subie plutôt qu'expérimentée directement.


Le terrain de jeu

Les œuvres rassemblées au deuxième étage ont été produites par des artistes déjà exposés au MIMA. Des œuvres acquises pour la plupart avant son ouverture en 2016. Tiens, à propos de 2016… une année horrible pour la capitale, due aux attentats à l’aéroport et dans le métro. Cela se passait un mois avant l’inauguration. Un lancement qui avait déjà de quoi se remettre en question ! Rappelons également, ô ironie, que le MIMA se trouve dans une commune bruxelloise autant captivante que célèbre. Et que tout le monde s’est plu à une époque (et se plaît encore) à détester : Molenbeek !

Toujours est-il que les œuvres présentées au deuxième étage ont de quoi interpeller et sont un peu comme des jouets et témoignages laissés par les artistes.


Les champs Élysées

Le futur ? A la question existentielle du projet muséal, une réponse est attendue. Le MIMA sera-t-il encore en phase avec son époque après dix ans ? En attendant, le musée s’est plu à imaginer une sorte de monde d’après. Celui d’un héritage d’après la fermeture du MIMA en 2027. Un monde pas vraiment angoissant. Quoique… tout semble redevenu jungle.    


Les collections

La collection des œuvres exposées raconte l’avant- ou l’après-création du MIMA. Les premières ont été achetées avant son inauguration et relatent déjà une histoire. Les secondes ont été acquises après 2016. Elles témoignent de la suite de cette histoire, entamée lors de la dizaine d’expositions déjà proposées du MIMA. Il faut dire que les subcultures comme le graffiti, le street art, la BD et autres styles influencés ou mixés de skateboard et d’arts de la rue, ont trouvé encore davantage d’écho grâce à l’arrivée du multimédia. Lequel a permis à de nombreux artistes d’accroître, parfois de manière exponentielle, leur visibilité.

 

Reload 
MIMA
41 quai du Hainaut,
1080 Bruxelles
Jusqu'au 29 mai 
Du mercredi au dimanche de 10h à 18h en semaine
et de 11h à 19h le week-end
www.mimamuseum.eu

Eric Valenne

Journaliste

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