Mircea Cantor, retour à Clug

Muriel de Crayencour
16 avril 2019

Jusqu'au 4 mai, dans le cadre de la présidence du Conseil de l'Europe par la Roumanie, trois artistes roumains exposent au Hangar Art Center, à Bruxelles. Au rez-de-chaussée, Mircea Cantor, dont la fantastique exposition Vânâtorul de Imagini vient de s'achever au Musée de la Chasse et de la Nature, à Paris. A l'étage, on découvre Florica Prevenda et Daniel Djamo.

Né en 1977 à Oreda en Roumanie, Mircea Cantor se décrit comme un artiste nomade. Il se plonge dans les arts populaires roumains et le savoir-faire des artisans du passé, pour en extraire ce qui lui semble faire sens aujourd'hui. Ainsi, pour le Musée de la Chasse et de la Nature, il a installé, dans les salles déjà intensément chargées d'œuvres, des masques de loup, ours, personnages inquiétants, issus de la tradition populaire. Il y a montré des vidéos tournées à Clug, où l'on voit des habitants de sa région natale vêtus chacun d'une peau d'ours et dansant une danse traditionnelle sous la pluie. Répondant à ces différents éléments, il utilise un motif récurrent qui lui parle, celui d'une corde épaisse dont les segments, formes oblongues répétitives, sont repris sur plusieurs de ses œuvres. Vidéos, sculptures, dessins, ready-made, mais aussi, le dernier jour de l'expo à Paris, une performance de quelques secondes dans la cour du musée, durant laquelle il a mis le feu à un dessin réalisé avec une longue mèche-étincelle, reprenant les motifs des masques exposés à l'intérieur.

Au Hangar Art Center, dans le fond de la salle, une vidéo silencieuse : on y voit en gros plan ce motif de corde, sculpté sur la façade en bois d'une ancienne chapelle roumaine. La corde fait le tour du petit bâtiment, comme un large anneau qui contient à la fois ce lieu de rituel, le savoir-faire du sculpteur anonyme et toute l'histoire des arts populaires de cette région. Fasciné par ce motif, Mircea Cantor le reprend en une large fresque sur papier qui se déroule jusqu'au sol, peinte avec du vin... roumain. Il le brode aussi sur des pièces de textile, anciens tabliers faisant partie de costumes folkloriques des femmes. Au centre de l'espace, cette corde qu'il aime tant forme une boule et est réalisée en bronze.

Cantor fait partie de ces artistes qui enracinent leur travail dans un intérêt profond pour les savoir-faire ancestraux. Du fin fond de sa Roumanie natale, il fait émerger et nous donne à voir une vivifiante créativité, celle qui naît de la tradition, de la ritualisation du vivre-ensemble, loin, bien loin des faiseurs d'images factices de l'art contemporain bling des années 2000. Quel bonheur !

Mircea Cantor a étudié l'art de 1992 à 1996 à Oradea. Puis à l'Université d'Art et Design de Cluj-Napoca de 1997 à 1999. Il a suivi un postgraduat au Beaux-Arts de Nantes. Il a fait partie de l'exposition du pavillon roumain à Venise en 2001. Il a gagné en 2004 le prix de la Fondation Paul Ricard et le prix Marcel Duchamp en 2011.

 

Mircea Cantor
Hangar Art Center
18 place du Châtelain
1050 Bruxelles
Jusqu'au 4 mai
Du mardi au samedi de 12h à 18h
www.hangar.art

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.