Chez Modesti Perdriolle, le printemps des ancêtres

Muriel de Crayencour
10 février 2022

Nouvellement installée dans le quartier Louise, la Modesti Perdriolle Gallery présente The Spring of Ancestors, un accrochage mêlant artistes indiens et... belges, jusqu'au 26 février.

Autour du dessin et du geste, quatre artistes tracent leur perception du monde et leur prise de conscience sur l'urgence écologique. Mayur et Tushar Vayeda sont nés dans les années 1980 dans la tribu Warli au nord de Mumbai (Inde). Après des études, l'un en management, l'autre en multimédia, ils décident de retourner sur leur terre ancestrale et de se remettre à la peinture - qu'ils pratiquaient enfants avec les autres membres de la tribu. Sur les terres de leur grand-père, qui fonda la première école dans cette communauté tribale, ils créent une ferme organique, réhabilitent les habitats traditionnels, militent contre la déforestation et pour l'éducation. Dans leurs grands dessins à quatre mains, en blanc sur sépia (bouse de vache !), ils intègrent les motifs et légendes de leur culture ancestrale et leur culture contemporaine attentive à l'écologie. Animaux, feuillages, sources d'eau et collines s'enchevêtrent pour créer des mondes denses et riches. A l'entrée de la galerie, une grande photo présente une de leurs fresques devant laquelle danse une jeune femme. 

Paban das Baul, né au Bengale-Occidental à l'est de l'Inde en 1961, est musicien et danseur dans la tradition Baul (tradition orale née de la rencontre des mystiques Sufi et des sages de Sahajiya). Il a toujours peint et dessiné sans jamais essayer de montrer son travail. Ses dessins sont présentés à la galerie : corps et visages s'enchâssent et se compactent pour former d'étranges totems, souples, dansants, nourris de musique, semble-t-il.

Et puis, voici Charley Case, artiste voyageur, dont nous avons régulièrement parlé. Précédemment exposé chez Aeroplastics, il déploie chez Modesti Perdriolle ses dessins, dont une grande fresque sur papier, qui cohabitent en toute fraternité avec les œuvres des artistes indiens. On y retrouve le même intérêt pour l'écologie, l'humain, l'interdépendance si vitale de l'homme et de la nature, le dessin comme un langage ancien, tribal, enraciné, venu du fond des âges. Comme Mayur et Tushar Vayeda et Paban das Baul, en dessinant, il crée du lien, il fait tribu, hors de tous cercles et entre-soi si souvent pratiqué dans le monde de l'art. "J'ai rencontré Charley Case en 2014 à Sao Paulo. Nous étions invités par Alexandre Allard et Marc Pottier pour une invasion créative à la Cidade Matarrazo. Plus de cent artistes internationaux y étaient conviés pour intervenir de manière éphémère dans cette cité, un ancien hôpital, abandonné depuis 1993, en plein cœur de cette mégapole. Un lieu extraordinaire où la nature regagnait sa place, s'incrustant dans les moindres recoins de cette architecture en décrépitude. J'ai tout de suite été séduit par cet artiste hors du commun, un citoyen du monde. Un artiste itinérant, sans atelier, intervenant là où la vie l'emmène, avec comme seul outil un pinceau chinois", raconte Hervé Perdriolle

Comme l'art aborigène australien qu'on aime tant chez Aboriginal Signature, ces quatre artistes nous ramènent à des gestes primordiaux, anciens, dont nous avons souvenance. Ils retracent des histoires perdues et pourtant inscrites en nous et nous obligent à nous rappeler nos racines... végétales. C'est très beau.

Le samedi 19 février à 19 h, projection du film Le chant des fous, suivie d’une rencontre et d’un miniconcert de Paban Das Baul accompagné de Mimlu Sen. Inscription obligatoire par mail.

The Spring of Ancestors
Modesti Perdriolle Gallery
27-29 rue Saint-Georges
1050 Bruxelles
Jusqu'au 26 février
Du mercredi au vendredi de 14h à 18h, samedi de 11h à 18h
www.modestiperdriolle.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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