Perseverance ex2, la très jeune scène bruxelloise

Muriel de Crayencour
17 décembre 2020

La galerie italienne Montoro12 a déménagé du 67 rue de la Régence pour aller se nicher à Forest à côté du Wiels, en face de la galerie new-yorkaise Clearing et tout près du centre d'art dédié à la photographie contemporaine Fondation A Stichting. Stefan Pollak, avec Thomas Yanez, y présente pour la deuxième fois son choix de très jeunes artistes bruxellois, belges ou vivants en Belgique. 

Et comme elle est rafraîchissante, cohérente et joyeuse, cette sélection ! Nés dans les années 1990, les quatre artistes, deux filles, deux gars, nous racontent ce qui préoccupe la très jeune scène actuelle. Voici Agathe Duperou (1992), qui, avec de la céramique, réinvente des formes et objets technologiques : ses écrans sont faits de terre chamottée et d'un émail délicat. Email qui renvoie cet objet contemporain vers les émaux Art déco ou ceux plus anciens de la céramique chinoise. Fil rouge de l'histoire de l'art et des techniques. Ainsi, son Screen (Gray Iris) n'a plus la froideur d'un écran d'ordinateur. C'est sa belle matérialité et sa poésie qui attirent l'œil. Mains dans la terre, joie de l'expérimentation des matières, malice du détournement... What else, comme disait George. 

Très visuelles et colorées, les grandes pièces de textile d'Estelle Saignes (1996) racontent par un patchwork de tissus récupérés (économie circulaire, tout ça...) des objets icônes du monde contemporain. Sur le sol, Coffeepot, une immense machine à café, au mur, une voiture toute en lignes droites, Volvo. L'artiste joue avec nos images mentales du monde et les coud en des formes molles et ludiques, au fil d'une belle poésie. On est juste un peu terrifiés du prix des œuvres d'une artiste de... 24 ans. Cette habitude prise depuis quelques années, qu'on observe dans les galeries, de surcoter des très jeunes artistes n'a aucun sens et ne leur rend pas service, à notre avis.

Simon Bellings, 21 ans, présente un ensemble cohérent de peintures qui reprennent des traces ou gestes anodins pour les transformer en des motifs qui se répètent, semés sur la toile comme menées par le vent ou le hasard.

Igor Fouqueray (1995) peint et sculpte des silhouettes ou formes symboliques, graphiquement extrêmement simples et efficaces. Ici un bonhomme, là une étoile, soit peints sur panneau de bois, soit tracés en barres de métal - renforts pour béton - assemblées et soudées ensemble. Emerge une constellation plastique intrigante, un vocabulaire de formes plutôt addictif.

Perseverance ex2 Montoro12
316 avenue Van Volxem
1190 Bruxelles
Jusqu'au 16 janvier 2021
Du mercredi au samedi de 14h à 18h30
www.m12gallery.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.