Nicholas Nixon, au cœur de l’humain

Jean-Luc Masse
09 février 2019

La Fondation A présente une rétrospective brillante de l’œuvre du photographe américain Nicholas Nixon. Un artiste majeur qui porte un regard sur l’humanité sans complaisance mais exempt de cruauté. 

Né en 1947 à Detroit dans le Michigan, Nicholas Nixon explore depuis les années 1970 les facettes visibles et suggérées de celles et ceux qui l’entourent : passion, bonheur, souffrance, intimité, solitude, déclin. D’abord équipé d’un Leica M3, le photographe adoptera rapidement des chambres grand format produisant des négatifs 4 x 5 (10 x 12 cm), voire 8 x 10 (20 x 25 cm). Ces appareils en bois, très volumineux et lourds, qui nécessitent de longues séances de prise de vue, lui permettront paradoxalement d’appréhender l’intimité de ses sujets.

Albuquerque et Boston, les villes comme métaphore


Nicholas Nixon entame son cheminement artistique aux confins de la ville d’Albuquerque (Nouveau-Mexique), dont il photographie la lisière, là où commence le désert : motel isolé, parking vide, bungalow modeste, des thèmes dont émanent désolation et solitude. De Boston, il ramène, entre 1974 et 1975, des clichés qui trouveront leur place dans l’exposition New Topographics organisée à la George Eastman House à Rochester (New York). Si la filiation avec Walker Evans est manifeste, Nicholas Nixon y montre une vision austère, distante et froide, loin des critères habituels de la beauté.

Au seuil de l’intimité


Revirement radical en 1977. Le photographe s’oriente résolument vers le portrait, avec sa série intitulée Porches. Le long des rives du fleuve Charles près de Boston, au sein des quartiers pauvres des villes du Sud, Nicholas Nixon photographie Blancs et Noirs, parfois ensemble, sur le seuil de leur maison, lieu de transition entre public et privé. Compositions au cordeau, toujours à l’aide de sa chambre grand format, mais spontanéité touchante caractérisent cette série qu’il enrichira au fil des ans.

Beverly Brown, alias Bebe, l’épouse du photographe, a trois sœurs : Heather, Mimi et Laurie. En 1975, Nicholas Nixon suggère de prendre une photo d’elles quatre chaque année. Une démarche toujours en cours. L’artiste nous livre ainsi une réflexion profonde sur les liens humains, le temps qui passe, la vulnérabilité des êtres, le sentiment de perte. Face à la série des Brown Sisters, on est loin des photos de famille et selfies au sourire obligé. Fascinant.

Le grand âge, la mort, l’intimité charnelle


Le choc visuel est puissant lorsque l’on découvre les deux séries déchirantes et, aux yeux de certains, dérangeantes que le photographe a consacrées au grand âge et au sida en 1984. L’artiste parvient en effet à se faire accepter par les résidents d’une maison de retraite dans leurs ultimes moments, qu’il photographie au plus près. S’en dégage une impression de profonde tristesse mais aussi de douceur infinie. Nicholas Nixon prolonge sa réflexion en publiant le livre People with AIDS, soit quinze vies détruites par la maladie apparue dans les années 1980. En guise de contrepoint, l’artiste photographie ensuite des couples dénudés, enlacés, mixtes, hétéro ou homo, comme un hymne à la vie, sans barrière ni préjugé.

La mise en place des œuvres de Nicholas Nixon telle que conçue par la Fondation A allie pureté et lisibilité des thèmes successifs abordés par l’artiste. Décidément un lieu exceptionnel qui magnifie au fil de ses événements l’art photographique dans ce qu’il a de plus fondamental. N’hésitez pas, faites ce voyage émotionnel.

Nicholas Nixon
Fondation A
304 avenue Van Volxem
1190 Bruxelles
Jusqu’au 31 mars
Du mercredi au dimanche de 13h à 18h
www.fondationastichting.be

Jean-Luc Masse

Journaliste

Journaliste passionné d’art sous ses diverses expressions, avec une prédilection pour la photographie. La pratiquant lui-même, en numérique et argentique, il est sensible à l’esthétique de cet art mais aussi à ses aspects techniques lorsqu’il visite une exposition. Il aime rappeler la citation d’Ansel Adams : « Tu ne prends pas une photographie, tu la crées. »