Le grand bleu de Nicolas Floc'h

Gilles Bechet
26 septembre 2019

Pour sa première exposition bruxelloise, chez LMNO, l’artiste français Nicolas Floc’h propose une méditation photographique sur la couleur de l’eau qui est aussi un miroir sur l’état du monde.

Les mots qui définissent les incertaines couleurs de l’eau de mer sont innombrables. La couleur de l’eau est une quête obsessionnelle pour des scientifiques et pour des artistes aussi. A première vue, les photographies presque monochromes de Nicolas Floc’h nous semblent abstraites. Il n’en est rien. Les photos ont été prises dans différents mers et océans du globe entre huit et vingt-cinq mètres de profondeur. A les regarder de plus près, on devine presque la densité de l’eau de mer et on distingue des petites particules diaphanes en suspension. On y retrouve toutes les infinies nuances de bleu au vert en passant par le gris. Sur chaque image, un dégradé presque irréel qui s’estompe vers le bas et semble faire écho à une lumière venue d’en haut. Devant ces monochromes intensément vivants, on ne peut s’empêcher d’être pris d’un vertige dès qu’on pense au silence des profondeurs dont elles sont le miroir. Quand il se place face à ses colonnes d’eau, comme il les appelle, Nicolas Floc’h s’est donné une contrainte, il ne veut capter aucune présence vivante, hormis celle du plancton. Artiste singulier, le breton, marin, a été formé à la plongée dès son plus jeune âge. La mer est le sujet presque exclusif de son œuvre qui ne se limite pas à la photographie, puisqu’elle intègre des sculptures, des installations, de la peinture et des performances. Conscient que l’état de l’océan est un enjeu majeur pour la planète, Floc’h collabore étroitement avec des scientifiques à différentes étapes de son travail. Si ses photographies présentent une qualité artistique et picturale immédiate, elles sont aussi pour ces scientifiques de précieuses balises visuelles complétant les relevés chiffrés sur l’état des océans, son acidité et sur l’impact de la pollution. A même le sol, trois sculptures, sphérique ou allongée, en pierre bleue du Hainaut qui portent l’empreinte de diatomées, des micro-algues unicellulaires que l’artiste a photographiées au microscope électronique et scannées. Le choix du matériau n’est pas un hasard puisque dans la sédimentation qui forme la pierre bleue on retrouve des diatomées figées il y a des millions d’années.

Les photos exposées ont été prise au large de Ouessant, en méditerranéenne ou dans la Mer de Seto, au large du Japon. Il n’y a rien en Mer du Nord. L’artiste adorerait pourtant y plonger. Il n’attend, semble-t-il, qu’une commande d’un collectionneur.

Nicolas Floc’h
Diatomées
LMNO
31 rue de la Concorde 
1050 Bruxelles
Jusqu'au 19 octobre
Du jeudi au samedi de 11 à 18h
www.lmno.be

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.