Noiret-Thomé et Visch avec vue sur la création

Gilles Bechet
06 septembre 2020

Le peintre Xavier Noiret-Thomé et le sculpteur Henk Visch installent leurs œuvres dans l’espace de La Centrale, à Bruxelles, pour un dialogue ludique et nonchalant qui offre aussi une réflexion sur l’acte de création.

Xavier Noiret-Thomé peint comme il respire. Essentielle, sa pratique est nourrie de l’émerveillement de ce que suscite l’application de la couleur sur une toile et d’un regard tendre et ironique sur l’histoire de l’art. Quand La Centrale l’a invité pour une grande exposition, le peintre a tout de suite souhaité y associer un sculpteur et a proposé le nom du néerlandais Henk Visch. Le dialogue entre ces deux artistes fonctionne très bien parce que tous deux tiennent à ne pas s’enfermer dans un style ou dans des formes attendues.

Aspirer le regard du spectateur

Dès l’entrée on plonge dans le jaune comme en apnée le regard happé par L’enfer des Cyclopes, une œuvre qui scelle la rencontre d’une poêle à paella et d’un miroir empire en écho d’une autre collision improbable entre la siècle d’or et Marcel Broodthaers. Conçue comme une promenade, le parcours a été divisé en cinq étapes organisées autour d’une vague thématique qui se rapporte tantôt au contenu, tantôt à l’espace. Au mur de la première salle, le geste de peindre, le bras tendu, la main cramponnée au pinceau, le poignet maculé de peinture, il nous offre quatre variations sur la partie visible de son travail. Une vitrine centrale rassemble une pratique d’appropriation à laquelle Xavier Noiret-Thomé s’adonne depuis de longues années. Des cartes postales achetées dans divers musées aux quatre coins du monde sont les supports d’interventions plus ou moins discrètes de l’artiste qui s’introduit en contrebande dans l’histoire de l’art. Avec ce qu’il appelle de l’iconoclastie amoureuse, il s’offre une salutaire confrontation avec des chefs d'œuvres de la peinture. Les formats rigoureusement identiques, et la disposition gomment toute idée de hiérarchie. L’agencement en spirale fait écho à une toile avec une spirale constellée de miroirs pour aspirer le regard du spectateur. Les cartes postales, on les retrouve dans le film de Joachim Olender qui remet en scène un jeu imaginé par l’artiste lorsqu’il était étudiant. Un jeu de bataille où les cartes à jouer ont été remplacées par des reproduction d'œuvres d’art. Que le meilleur gagne. La jeune fille à la perle plus forte que le carré blanc sur fond blanc ou les Nymphéas ? Tout reste à prouver.

Caractère illusionniste de la peinture

La grande salle, sous-titrée Miroir du monde, associe des peintures accrochées au mur et les sculptures qui occupent le sol, obligeant le spectateur à les contourner. Comme chez Noiret-Thomé, il est difficile d’attribuer un style commun aux sculptures de Visch, tantôt abstraites, tantôt figuratives, elles varient de taille et de matériau. Les formes sont douces et polies, parfois assemblées de matériaux de récupération. Etranges et bienveillantes, ces oeuvres portent en elles la main et le travail de l’artiste.
Xavier Noiret-Thomé ne croit pas au style. Pour lui chaque peinture est un défi nouveau, influencé par l’humeur de jour, un article lu dans la presse, un film ou une discussion avec un proche ou connaissance. Chaque toile est une affirmation du pouvoir d’émerveillement de la peinture autant que de son caractère illusionniste.
Quand il est réussi, et il l’est, ce type de jeu de go artistique crée des correspondances à la fois inattendues et évidentes comme celle qui se tisse entre la reprise de l’autoportrait à l’oreille coupée de Van Gogh et un chat bariolé, observateur de nos explorations curieuses. Comme tout parcours a une fin celui-ci se termine par une jetée et une balustrade avec vue sur un triptyque avec le mot opera, en italien dans le texte, et un lapin géant au visage tatoué. L’animal ne nous regarde pas, pensif, il est à l’affut. Il est temps de revenir sur nos pas, d’essayer d’autres associations.

 

Panorama
Xavier Noiret-Thomé / Henk Visch
Centrale
Place Sainte-Catherine 44
1000 Bruxelles
Jusqu’au 17 janvier 2021
Du mercredi au dimanche de 10h30 à 18h
www.centrale.brussels

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.