Otis Jones marque un point

Muriel de Crayencour
09 mai 2019

Comme souvent chez Sorry We're Closed, la découverte est réjouissante. Filez voir les œuvres de l'Américain Otis Jones, rue de la Régence à Bruxelles, jusqu'au 22 mai.

Sébastien Janssen a le chic pour nous ramener des Etats-Unis des artistes peu ou pas exposés en Europe. C'est le cas d'Otis Jones (1946, vit à Dallas), dont le travail se situe entre peinture et sculpture, entre art abstrait et puissante matérialité. Sur les longs murs de la galerie, à peine quelques œuvres. La plupart sont de forme circulaire. On dirait des tambours de chaman ou d'anciennes cibles, usées par le temps. En s'approchant, on constate que le cercle n'est pas parfait et que ce qui semblait une peinture se détache du mur comme un bas-relief. Plus près encore, voici la belle matière de la peinture, en couche épaisse et mate, sur le lin brut de la toile. Puis les agrafes qui fixent cette toile sur un châssis de belle épaisseur, comme double ou triple. On voit la matière du bois, on voit le vernis qui a coulé. L'œuvre est un objet bien concret, semble nous dire Otis Jones.

"Je suis intéressé par les objets, la patine, l’usure et l’âge. […] Chaque pièce prend sa propre géologie. Je ne cache rien, vous voyez des agrafes. C’est un objet très réel", explique l'artiste. Le matériau très présent, marqué du geste de l'artiste, nous vous en parlions au retour d'Art Brussels il y a une semaine. De nombreux artistes replongent dans - ou comme Jones, n'ont jamais quitté - ce rapport intense avec la matière. Ce tête-à-tête très personnel entre l'artiste et le bois, la toile, la peinture... est tout sauf simple. C'est un geste proche de celui de l'artisan, il ne s'agit pas de penser en concept mais de maîtriser une technique. Il faut être là, travailler longuement. Otis Jones coupe ses châssis de manière irrégulière, y fixe une toile avec un grand nombre d'agrafes, puis aborde la peinture. C'est comme s'il voulait nous montrer ce processus, ce travail, comment l'objet naît de l'association des matériaux. C'est très beau et chaque pièce vibre de chaque étape de sa fabrication. On aime !

 

Otis Jones
Sorry We’re Closed
67 rue de la Régence
1000 Bruxelles
Jusqu’au 22 mai
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
http://www.sorrywereclosed.com/


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.