Où étiez-vous, Eloïse ?

Muriel de Crayencour
24 septembre 2015
Le monotype, en estampe, est un procédé d'impression sans gravure qui produit un tirage unique. Il s'agit de peindre à l'encre typographique, à l’huile ou à la gouache, sur un support non poreux comme du verre, du métal ou du plexiglas qui sera ensuite passé dans une presse. Edgar Degas a réalisé un nombre important de monotypes dans les maisons closes de l’époque. Il a ainsi contribué à la diffusion de cette technique.

Le fait qu’il n’y ait qu’un seul tirage rend cette technique à la fois fragile et difficile. Cet aspect amène sans doute les artistes à la possibilité de traiter des thèmes comme la sexualité, le corps, la pudeur ou l’impudeur de manière discrète, moins frontale ou affirmée, dirons-nous.

Eloïse Van der Heyden expose ses monotypes à la Ping Pong Gallery. L’artiste met directement sous la presse des vêtements : collants, robes de baptême ou même des burquas. Ici, cette paire de collants gravée dans une teinte chair est donc passée une seule fois sous la presse. La maille légère laisse passer la couleur sur le papier Japon. Le résultat tout en transparence est d’une grande délicatesse. S’y dit à la fois le textile mais aussi les jambes d’une femme qui aurait porté ces bas. Que symbolisent-ils ? La féminité ? La fragilité ? Le désir ? Au même moment, il y a aussi la violence de l’absence, quelque chose à propos de l’abandon, de la disparition. « Perdrions-nous notre moi sans textile autour de notre chair ? Ne serions-nous alors plus complet ? L’habillement comme première peau, sans celui-ci serions-nous des écorchés vifs ? », lit-on dans la présentation de l'exposition.

Eloïse Van der Heyden est née en 1983 à New Haven, Connecticut. Elle vit et travaille à Paris. Elle est graduée de l’Ecole nationale des Arts Décoratifs de Paris. Elle a travaillé dans l’atelier de gravure de l'incontournable Michael Woolworth, cet Américain installé à Paris depuis 1979.
Eloïse Van der Heyden
Secret Garden
Ping Pong Gallery

74 rue Saint-Georges
1050 Bruxelles
Jusqu’au 29 septembre
www.idkcontemporary.com











Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.