Retour vers l’abstraction

Mylène Mistre-Schaal
11 septembre 2019

La Patinoire Royale | Galerie Valérie Bach retrace, avec Painting Belgium, les méandres de la peinture non figurative belge d’après-guerre au travers d’une exposition aussi pointue que foisonnante, oscillant entre abstraction géométrique ou lyrique et leurs multiples déclinaisons.

Dans l’océan de l’abstraction, la Belgique a connu deux grandes vagues. Une première, dans les années 1920, marquée par les avant-gardes et la quête d’une Plastique pure aux élans constructivistes. Puis une seconde, plus foisonnante, qui a irrigué l’après-guerre jusqu’aux confins des années 1975 et ss. C’est à cette deuxième déferlante que s’attache l’accrochage Painting Belgium. Abstractions en temps de paix (1945-1975) présenté à La Patinoire Royale | Galerie Valérie Bach cet automne.

On ne peut que constater la luxuriance de ces abstractions plurielles, le déploiement des couleurs et des matières, des formats et des univers qui rythment l’exposition. "Cette seconde génération d’artistes abstraits n’a plus rien à voir avec la première, rappelle Serge Goyens de Heusch, docteur en histoire de l’art, spécialiste de l’art belge et commissaire de Painting Belgium. La rupture avec la Plastique pure et ses lignes monacales est consommée et c’est désormais au sein du groupe Jeune Peinture Belge que s’expriment les sensibilités non figuratives." Dès 1945, autour de ceux que l’on appelle alors les ténors, Louis Van Lint, Gaston Bertrand, Marc Mendelson et Jan Cox, se déploie un groupe aussi passionnant qu’hétérogène d’une quarantaine de peintres. Pour Constantin Chariot, directeur associé de la galerie, plus que des considérations esthétiques communes, c’est surtout l’envie de "tourner le dos au réel après les horreurs de la guerre" qui semble réunir les jeunes peintres.

Au fil de ces trente années de création belge, on découvre des toiles majoritairement peu connues du grand public. Parmi elles, Ouverture, de Louis Van Lint, telle une fenêtre orange au cœur palpitant, ou Etrange végétation, du même artiste, qui déploie une énergie fauve où le rouge vif courtise le violet tout en embrassant le vert. Dans un registre plus construit, en quête d’une épure toute géométrique, Jo Delahaut (premier artiste de La Jeune Peinture Belge à aborder l’abstraction) explore l’essence des formes mises au service d’une touche lisse et d’aplats hypnotiques. A leurs côtés, les toiles plus spontanées et chargées de matière de Pierre Lahaut ou de Mig Quinet (ne manquez pas Les boucles de l’Ourthe, œuvre saisissante) dégagent une forte puissance d’attraction. On note aussi le nouveau langage expérimenté par Jacques Calonne ou René Guiette, qui noircissent leurs toiles de calligraphies intimistes ou jaillissantes.

En 265 toiles pour 44 artistes, Painting Belgium nourrit une vision dense et pointue de la scène abstraite de l’époque, soutenue par une scénographie tout en chemins de traverse et en ouvertures. Conçues par l’agence Art & Build, les cimaises dessinent une trame régulière jouant sur les perspectives, comme un écho à la liberté et à l’esprit d’ouverture caractéristiques de ces jeunes artistes, qui suivront tout sauf une ligne droite. Ils préfèrent osciller entre abstraction géométrique ou lyrique, inflexions expressionnistes ou matiéristes, jusqu’à se rapprocher pour certains du groupe belge Art Abstrait (1952) ou encore de la mouvance internationale CoBrA (1948). Le parcours de visite, imaginé comme un crescendo, nous guide au sein de cette vaste fresque artistique et historique : il suffit simplement de se laisser porter par la vague…

Painting Belgium. Abstractions en temps de paix (1945 - 1975)
15 rue Veydt
1060 Bruxelles
Jusqu’au 7 décembre
Du mardi au samedi de 11h à 18h

www.prvbgallery.com

Mylène Mistre-Schaal

Journaliste