Patrick Carpentier, divinités

Muriel de Crayencour
14 février 2019

Nous avions découvert le travail de Patrick Carpentier fin 2016 dans une exposition chez Rossicontemporary ainsi que dans la Project Room du Wiels : de nombreux totems en terre cuite. Le voici à la galerie Marie-Laure Fleisch, rue Saint-Georges. L'artiste a aussi pris depuis un an les rênes de l'espace C5, rue Marché aux Herbes. Il y expose Stephan Goldrajch qui converse subtilement avec un film de 1953.

Pléthore de propositions alléchantes ont démarré en janvier et se finissent dans quelques jours. On a beau courir partout, difficile de tout couvrir. Il vous reste jusqu'au vendredi 22 février pour voir la très précise et élégante exposition de Patrick Carpentier chez Marie-Laure Fleisch : A short-term effect, an echo. Dans l'espace central, on retrouve ses totems de terre, divinités silencieuses toujours au bord de l'effondrement, composées de différents cylindres posés les uns sur les autres. Y voir le goût du jeu, le besoin de sacraliser l'impermanence ou la fragilité. Ainsi que la référence de l'artiste à Morandi et sa palette de couleurs. Au centre, sur le sol, six carrés de couleurs, formés par six modules en métal peint à la peinture industrielle, posés là dénués de toute émotion et de tout propos. Ce silence revendiqué par l'artiste fait soudain de cette œuvre le réceptacle précis et silencieux de tout ce que le regard du visiteur désire y mettre. Etonnamment, ainsi, cette composition déploie une poésie précieuse. Une très belle exposition.

Dans l'espace C5, Patrick Carpentier, commissaire d'expo, propose un nouveau tête-à-tête entre un film d'Alain Resnais et Chris Marker et le travail de masques de Stephan Goldrajch. "Un objet est mort quand le regard vivant qui s'est posé sur lui a disparu. (...). Le peuple des statues est mortel. Quand les statues sont mortes, elles entrent dans l'art. Cette botanique de la mort, c'est ce que nous appelons la culture." Ainsi commence le film Les statues meurent aussi, réalisé en 1953 par Alain Resnais et Chris Marker et qu'on peut visionner sur Youtube. Parlant de l'Afrique noire, les deux hommes disent aussi : "Ici l'homme n'est jamais séparé du monde. La même force y nourrit toutes les fibres." Les masques crochetés en laine de Stephan Goldrajch résonnent avec le propos du film de toutes leurs fibres. Dans la folie de ses propositions, Goldrajch convoque de nombreuses cultures, la sienne, la nôtre, d'autres décrites comme archaïques, ainsi que des traditions de fêtes et célébrations. Nous en parlions déjà ici. Loin de l'austérité et de l'aridité de certaines propositions artistiques, la folie et la sauvagerie de plusieurs artistes actuels - dont Goldrajch - sont des options riches de nombreux possibles et de vastes joies.

 

Patrick Carpentier
A short-term effect, an echo
MLF | Marie-Laure Fleisch

13 rue Saint-Georges
1050 Bruxelles
Jusqu'au 16 février
Du mardi au samedi de 10h à 18h
www.galleriamlf.com
 

Stephan Godrajch &
Alain Resnais/Chris Marker
C5
Galerie Horta
116 rue du Marché aux Herbes
1000 Bruxelles
Jusqu'au 9 mars
Du jeudi au samedi de 15h à 18h
http://www.c5space.com/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.