Paul Cox, promenade matinale

Muriel de Crayencour
31 octobre 2019

"Il y a deux rituels principaux dans ma journée (au moins, mais je vous livre les deux principaux) : la promenade du matin, toujours la même, toujours différentes, et la peinture de paysages, l'une et l'autre étant liées, soit que je dessine ou peigne sur le motif, soit que je me mette à l'ouvrage de mémoire, de retour à l'atelier." Cette phrase qui ouvre le recueil Chemin faisant que Paul Cox vient de publier dans la Collection La Petite Pierre aux Editions La Pierre d'Alun introduit aussi sa chatoyante exposition à voir au Salon d'Art à Bruxelles jusqu'au 21 décembre.

Paul Cox (Paris, 1959) a fait des études d’histoire de l’art et de littérature anglaise, dans le but de s’assurer un gagne-pain et de pouvoir devenir ce « peintre du dimanche pour qui chaque jour serait un dimanche » que décrit Dubuffet. Artiste autodidacte, il est peintre, illustrateur et graphiste (il a publié de nombreux livres pour les enfants, réalisé des affiches, des illustrations de presse, des logos, etc. Il a aussi conçu de nombreux décors pour le théâtre, la danse et l’opéra, et des installations ludiques pour le Centre Pompidou à Paris, Fotokino à Marseille ou le festival de Chaumont). 

L'exposition Chemin faisant est bâtie sur cette promenade matinale quotidienne que l'artiste fait en Bourgogne. Une promenade qu'il connait par cœur. Marcher, c'est créer, nous disent de nombreux artistes, peintres ou écrivains. Chemin faisant, il a croqué sur le vif des vues et paysages : bout de route, champs, bosquets, poteaux électriques qui rythment le paysage, barrières, murets, ... De retour à l'atelier, il peint une première peinture : un ciel, un horizon, quelques masses de couleur. La végétation, les chemins sont esquissés à grands coups de brosse, dans des tons vibrants et vifs. Puis, il réalise une deuxième peinture, qui s'en va plus du côté de l'abstraction. Présentées ensemble sur les mur du Salon d'Art, celles qu'ils appelle peintures jumelles vibrent de leurs jaunes frais, verts acides, bleu outremer, mauve délicat, ... Leur format horizontal leur donne un côté cinématographique. C'est une narration silencieuse. Il s'agit en effet de plein de vues du chemin, comme des stations. Ici pas de chemin de croix mais une promenade jubilatoire, dans l'air irisé du matin, sous la lumière blanche du soleil. Les paysages vus résonnants avec ceux, mentaux, que l'artiste promène dans son crâne. Chaque image est un horizon ouvert, parfois joyeux, parfois mélancolique, dans lequel le regardeur ne peut s'empêcher d'entrer. Cette patte si personnelle, délicate et construite, cette palette subtile, vous pouvez les rencontrer le 5 novembre à Bozar, dans le cadre d'une rencontre avec Cox organisée par Jeunesse et Arts plastiques pour le PICTURE ! Festival. Foncez !

Paul Cox
Chemin faisant
Le Salon d’Art

81 rue Hôtel des Monnaies
1060 Bruxelles
Jusqu’au 21 décembre 
Du mardi au vendredi de 14h à 18h30
Samedi de 9h30 à 12h et de 14h à 18h

lesalondart.skynetblogs.be/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.