Paul Delvaux. Train de vie

Mylène Mistre-Schaal
22 novembre 2019

Pour sa troisième exposition temporaire, Paul Delvaux. L’homme qui aimait les trains, Train World accueille une vingtaine d’œuvres du maître et de nombreux objets issus de sa collection personnelle. Encadrées par l’impressionnante silhouette de fer des locomotives et de leurs wagons, les toiles apportent une touche de mystère captivante à la scénographie immersive des lieux.

Quand on pense train et peinture, viennent d’abord à l’esprit les visions noyées de vapeur de la gare Saint-Lazare saisies par Claude Monet à la fin des années 1870. Presque 100 ans plus tard, le peintre belge Paul Delvaux se distingue par son approche singulière du même sujet. Alors que le maître de l’impressionnisme s’attachait au mouvement frénétique de la modernité, il propose quant à lui un univers ferroviaire d’une étrangeté apaisante, où le temps semble suspendu et les quais dénués de cohue.

En partenariat avec la Fondation Paul Delvaux, Train World propose un itinéraire dans l’œuvre du peintre, menant des années 1920 aux années 1970 avec l’imagination de l’artiste pour seul aiguilleur. Delvaux est un enfant de la révolution industrielle et le train a indubitablement marqué son esthétique, des débuts jusqu’à la maturité artistique. « L’univers ferroviaire occupe une place si remarquable dans son œuvre (…) qu’il est aujourd’hui considéré comme le peintre des gares, des femmes et des squelettes ! », rappelle Camille Brasseur, commissaire de l’exposition. Le parcours nous apprend qu’il fut aussi collectionneur, s’entourant dans son atelier de maquettes et de képis.

Ses œuvres de jeunesse, teintées de postimpressionnisme, montrent sa fascination pour le fret, la logistique ferroviaire et l’activité des cheminots. Au tournant des années 1950, foisonnent les grands formats à la touche plus lisse qui s’éloignent de la réalité du quotidien. Des visions de plus en plus oniriques, souvent nocturnes, avec comme décor la ligne luisante des rails, de petites gares de campagne abritées par la frondaison des arbres ou la silhouette des poteaux télégraphiques dans le crépuscule qui s’éteint.

Les quais fantasmés de Delvaux sont ponctués de présences féminines, presque fantomatiques, dont les corps, souvent nus, interpellent. Aussi incongrus qu’une Vénus allongée sur un banc de gare dans L’âge de fer. Une toile manifeste où la rondeur du corps antique contraste avec l’implacable architecture de fer.

Alors que l’imaginaire se débride, la description du matériel roulant est toujours précise et témoigne des talents d’observateur passionné de Paul Delvaux. Dans l’énigmatique Les ombres, un wagon à guérite des années 1920, surprenant de réalisme, voisine avec une passerelle improbable filant sur la mer. Perspective imaginaire, elle invite avant tout au voyage contemplatif.

Au fil de la vingtaine de chefs-d'oeuvre présentés, le mélange des genres entretient le mystère et les réalités se superposent avec brio. Une sensation encore redoublée par la scénographie tout en clair-obscur du musée du train où résonnent encore le bruit des gares d’antan. Les œuvres y prennent un halo tout particulier, proche de la « poésie mélancolique » si chère au peintre.

Paul Delvaux. L'homme qui aimait les trains.
Train World
5, place Princesse Elisabeth
1030 Bruxelles
Jusqu'au 15 mars 2020
Du mardi au dimanche de 10h à 17h 

trainworld.be

Mylène Mistre-Schaal

Journaliste