Au Musée du Verre de Charleroi, les Perrin & Perrin

Muriel de Crayencour
22 février 2020

Le Musée du Verre, à Charleroi, installé sur le site du Bois du Cazier, est un lieu méconnu, qui accueille pourtant des pièces remarquables, issues de plusieurs siècles de création. En expositions temporaires, c'est le travail d'artistes contemporains du verre qui est mis en lumière. A voir jusqu'au 19 avril, les œuvres du couple d'artistes Perrin & Perrin.

Au début de l'histoire du verre, l'homme n'a que très peu d'emprise sur ce matériau, qu'il considère comme précieux. Au Ve millénaire (âge du bronze) avant notre ère, on rencontre un matériau vitreux, appelé glaçure, porté par un autre support comme la céramique ou la pierre. En 2500 avant J.-C., le verre devient un matériau indépendant, qui sert essentiellement à créer des bijoux (perles et amulettes). Il faut attendre 1500 avant J.-C. pour voir apparaître les premiers récipients en verre. Les collections du musée sont riches de pièces allant du XIVe siècle avant J.-C. à des œuvres d'artistes contemporains. On y voit l'évolution des techniques et du savoir-faire, autant que les développements stylistiques. La scénographie présente une chronologie à rebours, qui permet au visiteur de remonter le temps. Ainsi, des vases en verre soufflé des années 1940, en passant par quelques merveilles Art déco des années 1920-30 en verre moulé ou gravé, on remonte vers les gobelets taillés et dorés de Bohême du XVIIIe, puis les verreries de Venise des XVIe et XVIIe, etc. Tant de merveilles !

L'histoire du musée

Depuis le XVIIe siècle, Charleroi est connue comme une région qui produit du verre, tout d'abord des gobelets, des bouteilles et du verre plat. Au début du XVIIIe, les fabriques mettent en œuvre une nouvelle technique de production du verre plat, mise au point par des verriers allemands. Au début du XXe siècle, elles tentent de mécaniser la production de verre plat. Après la Seconde Guerre mondiale, l'industrie belge du verre, confrontée à des difficultés économiques, se trouve dans l'impossibilité financière d'investir dans les recherches scientifiques nécessaires pour le développement et l'innovation de ce secteur industriel. L'Association belge pour favoriser l'étude des verres et composés silicieux lance alors le projet de créer l'Institut national du Verre, qui se chargera des travaux de recherches et qui communiquera ses résultats aux industries qu'il compte parmi ses membres. Le bourgmestre de Charleroi de l'époque, Joseph Tirou, a l'idée de créer un Musée du Verre. Des pourparlers sont alors entamés avec l'État qui se charge de faire construire un bâtiment qui abrite l'Institut national du Verre et le Musée du Verre sur un terrain communal. La Ville de Charleroi décide d'acquérir la collection de Raymond Chambon, collectionneur éclairé et passionné par l'histoire du verre et qui a rassemblé une collection remarquable de pièces et d'archives illustrant les progrès réalisés au cours des siècles dans l'élaboration de la matière, des techniques de façonnage et de décoration du verre et la mémoire de la verrerie en Belgique.

Le Musée du Verre est inauguré en 1973. Il participe à la promotion des nouveaux produits verriers par l'intermédiaire de la Fédération des industries du Verre et la proximité avec l'Institut national du Verre permet de bénéficier de toutes les avancées techniques et expérimentales. Malheureusement, en 2002, l'État fédéral, propriétaire du bâtiment occupé par le musée, met fin au bail emphytéotique pour y installer le palais de Justice. Pendant cinq ans, le Musée du Verre reste en boîte, jusqu'à sa réouverture en 2007 sur le site du Bois du Cazier à Marcinelle, complétant utilement sur ce lieu la mise en valeur des racines et de la mémoire vivante du passé industriel de Charleroi. Le Musée actuel s’étend sur une superficie de 400 m2 dans l’ancienne lampisterie du charbonnage du Bois du Cazier dont les architectes ont su préserver les caractéristiques originelles. Une annexe en verre parachève la construction.

Des créateurs contemporains

Dès l'entrée du musée, une première salle est dédiée aux expositions temporaires et met en avant la création contemporaine. On y voit jusqu'au 19 avril le travail d'un couple d'artistes. Martine et Jacki Perrin ont construit leur vie et leur œuvre ensemble depuis 1967. Les premières orientations de leur travail les mènent vers la céramique et la calligraphie, qu’ils étudient auprès de l’artiste coréen Ung No Lee. Cette initiation de plusieurs années en Corée va rester centrale dans leur travail, même quand ils passeront à d'autres médiums. Dans les années 1990, ils commencent à s’intéresser au verre. Et dès 1998, ils enseignent fréquemment aux universités d’été du verre de Sars-Poterie.

Ainsi, Perpetual, une série de blocs découpés comme des montagnes, présentés au centre de l'exposition, mêlent un aspect calligraphique, avec les masses blanches presque mates et le verre transparent parsemé de bulles, et une résonance aquatique et marine. Même chose avec Haïku, sculpture murale en noir - d'encre de Chine - et blanc laiteux. Encore cet aspect calligraphique dans Prêt d'elle (2002), sculptures murales de verre, papier et métal, dont le verre est marqué en creux d'une sorte d'écriture dansante. Notez, au mur, X-Press, formant une longue ligne composée de blocs de verre et de pages de journaux froissées. 

Perrin & Perrin sont présents dans les collections permanentes de grandes institutions : le MusVerre de Sars-Poterie (France), le MUDAC de Lausanne (Suisse), le Musée des Arts décoratifs de Paris (France).

Musée du Verre
Site du Bois du Cazier
80 rue du Cazier
6001 Marcinelle
Du mardi au vendredi de 9h à 12h30 et de 13h à 17h
Samedi et dimanche de 10h à 12h30 et de 13h à 18h
http://charleroi-museum.be/musee-du-verre/

Perrin & Perrin
Jusqu'au 19 avril

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.