Perspectives féminines sur l’art minimal

Gilles Bechet
03 septembre 2020

Dans une exposition aussi copieuse que variée, la Fondation CAB rassemble les œuvres de femmes artistes rattachées à différentes générations du courant minimal. Une occasion de réviser ses aprioris sur un art qui se caractérise aussi par sa diversité.

Il n’y a jamais eu de manifeste du minimalisme. Si l’on s’en tient à ses œuvres emblématiques, le mouvement apparu dans les années 1960 en réaction à l’expressionnisme abstrait pouvait sembler facile à cerner. Comme d’infinies variations sur quelques préceptes simples, la répétition d’éléments choisis, l’abstraction souvent géométrique, une supposée neutralité de l’artiste qui place en retrait son corps et son geste au profit d’un objet qui se suffit à lui-même.

Du chaos dans la rigueur

Le minimalisme toujours bien vivant aujourd’hui se sent vite à l’étroit dans ces quelques guides comme le montre avec éclat la nouvelle exposition de la Fondation CAB. La première impression inattendue qui saisit le spectateur qui pénètre dans le grand espace d’exposition est celle d’une diversité des formes et des matières qui n’hésitent pas à se chevaucher et à se contredire. « On avait envie de mettre du chaos dans la rigueur pour élargir la notion d’art minimal et diversifier son propos, » confirme Eléonore de Sadeleer, co-curatrice de l’exposition.
Un élément qui a sans doute son importance, les artistes représentées dans l’exposition sont exclusivement des femmes. Même si les premiers noms généralement associés au minimalisme Sol LeWitt, Donald Judd, Robert Morris ou Carl André sont des hommes, les femmes, à l’instar d'Agnès Martin ou de Carmen Herrera étaient présentes dans l’ombre dès le début. « Dans l’art minimal, on a beaucoup exposé les hommes. L’absence d’affect semblait plus convenir à l’univers masculin. On a eu envie d’apporter une touche féminine qui se nourrit des manifestations de la nature et d’une aspiration à la spiritualité. »

Un riche espace intérieur

Entre le jaune et le vert, les couleurs d’Agnès Martin déploient une vibration fugitive. La touche picturale avec un semblant d’inachevé est comme une ode à la fragilité. De son œuvre, l’artiste qui vivait au Nouveau-Mexique disait qu’elle voulait retranscrire la sensation qui nous envahit quand on ouvre la fenêtre et qu’on regarde la nature. Loin de se réduire à des formes et des structures, beaucoup des pièces exposées ont besoin être regardées de près pour apprécier le travail entre couleur et matière qui n’est pas une fin en soi mais l’accès à un riche espace intérieur. Les traces de cire d’abeille que Jessica Sanders recueille sur ses toiles de lin sont comme des rides dessinées par le hasard. Avec ses tissages de toile inspirés des circuits imprimés, Tauba Auerbach joue des effets d’optique entre matière et surface dans une rencontre inattendue entre tradition artisanale et compositions sérielle. Couvrant tous les murs, la fresque en zig zag de Claudia Comte met l’espace en mouvement, soulignant que le minimalisme n’est pas nécessairement statique.

Les mots des artistes

Dans ses sculptures en carton industriel, Charlotte Posenenske a mis en application ses idées radicales quant à la démocratisation de l’art et la disparition de l’artiste. Chacun de ses module en carton et acier galvanisé est à assembler librement par ceux qui en font l’acquisition ou qui l’exposent.
En résidence à la Fondation CAB, la belge Ariane Loze a réalisé une vidéo où elle joue avec ses avatars qui apparaissent et disparaissent dans l’espace d’exposition pour donner corps aux mots des artistes les plus en vue du Minimal art, analysant les relations entre l'œuvre, l’espace et le spectateur.
Autre artiste en résidence, Sonia Kacem a réalisé d’étranges sculptures en toile de tente colorée. Accrochés au mur ou au sol comme une moule cramponnée à son rocher, ces volumes sans ouverture rend au minimalisme toute son essence, celle d’un mystère à élucider.

L'exposition, à voir jusqu'au 14 décembre, fait partie du parcours OFF du Brussels Gallery Weekend (du 3 au 6 septembre).

Figures on a Ground
Perspectives on Minimal Art
Fondation CAB
32-34 rue Borrens
1050 Ixelles
jusqu’au 14 décembre 
Du mercredi au samedi de 12h à 18h
www.fondationcab.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.