Les sortilèges du dieu Pan

Muriel de Crayencour
21 janvier 2021

Peter Depelchin est un redoutable dessinateur. Son savoir-faire associé à son goût pour l'histoire, les histoires et les mythologies anciennes sont du meilleur effet dans les œuvres qu'il présente jusque fin février chez Husk Gallery.

Dès l'entrée, un immense dessin de 245 cm x 350 cm, The Great God Pan. Le titre est emprunté à une nouvelle d'Arthur Machen, trouvée dans un recueil lors d'un voyage à Oxford. Dans la nouvelle The Great God Pan, une expérience scientifique et neurologique est exécutée pour évoquer l'état mental d'excitation décrit comme voir le Dieu Pan

Au centre du dessin, le dieu Pan est représenté comme un vieil homme nu, portant un casque à deux cornes. Autour de lui, dans un fouillis organisé, une multitude de personnages mythologiques, chimères, animaux... mais aussi des formes abstraites, symboles, morceaux d'architecture. Une narration baroque et vertigineuse, où se mêlent guerres et hydres, incendies et floraisons, sexe et mort, homme-arbre, mère allaitante... un foisonnement presque sidérant, devant lequel on s'arrête pour s'y plonger avec jubilation. 

Plus loin, de plus petits dessins, dont l'intense The Faun and the Deer, ou le délicieux Columbina. Dans chaque dessin, petit ou grand, on retrouve le motif du trou noir, allégorie de la vie et de la mort, nous explique Depelchin. La délicatesse des motifs tracés à l'encre de Chine et aux crayons de couleurs, la grâce de son coup de crayon, sa technique imparable, sont au service de l'imagination débridée de l'artiste. Il nous raconte des mythes modernes et actuels, entre enfer et paradis. Mais au-delà des multiples narrations, ce qu'il propose est comme un puzzle. On y reconnaît des personnages mythologiques, des morceaux d'œuvres d'art ancien et quantité de formes et d'objets issues de l'iconographie commune et souvent inconsciente. Emergés de tout ce qu'on a lu et vu, hier, avant-hier et aujourd'hui, les contes, les rêves, les mythes, les films... des images denses, un monde vivifiant et prenant. L'invitation est imparable, très personnelle et irrésistible. Une découverte !

Peter Depelchin est né à Ostende en 1985, il vit et travaille à Bruxelles. C'est sa première exposition chez Husk Gallery.

Peter Depelchin
The Great God Pan
Husk Gallery
Rivoli Building #12
690 chaussée de Waterloo
1180 Bruxelles
Jusqu'au 27 février
Du jeudi au samedi de 13h à 18h
https://www.huskgallery.com/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.