Peter Downsbrough, obsession de la ligne sombre

Jean-Luc Masse
15 juin 2019

Le Botanique accueille les sculptures et photographies de l’artiste d’origine américaine Peter Downsbrough : épure, cadrage, monochrome, espace subjectif, perspectives multiples, le spectateur devient acteur.

Né dans le New Jersey en 1940, Peter Downsbrough a choisi Bruxelles comme port d’attache dès 1989. Architecte de formation, il a vite décroché pour s’épanouir dans l’art conceptuel, aux côtés de noms tels Sol LeWitt, Robert Barry ou Dan Graham. Reconnu dès les années 1970 aux Etats-Unis mais aussi en Europe, la consécration viendra chez nous grâce à l’exposition Position que lui consacrera le Palais des Beaux-Arts en 2003.

 

Le regard participatif


En pénétrant dans la galerie du Botanique, quelles que soient les œuvres exposées, le regard du visiteur est chaque fois attiré par les lignes et perspectives que créent pilastres et balustrades métalliques de la mezzanine. Aujourd’hui, avec l’intervention de Peter Downsbrough, l’effet est d’autant plus fort que les œuvres de l’artiste semblent s’inscrire en résonance des lieux. Normal, Peter Downsbrough y a déambulé à de nombreuses reprises depuis près d’un an, soucieux de s’imprégner des lieux, leurs lignes de fuite, leurs perspectives, afin d’y insérer ses œuvres. Sculptures minimalistes, interventions graphiques murales, le travail de Peter Downsbrough conjugue à l’infini la ligne et le cadre monochromes. Noirs, sans exception. Que nous demande l’artiste en nous offrant ainsi son travail ? D’agir visuellement, la visite se transformant en une déambulation, presque sous forme de jeu, puisque chaque œuvre peut s’appréhender du regard de multiples façons, sous tous les angles, les sculptures recadrant l’espace, changeant au gré de notre propre regard subjectif. S’y ajoute le plus souvent un jeu de mots qui vient se greffer sur les œuvres et leur donne ainsi un prolongement réflectif. N’y cherchez cependant aucune émotion, car l’artiste semble fuir l’implication de soi-même, en se retranchant derrière une épure qui exclut toute sentimentalité.

Egalement photographe, Peter Downsbrough présente une série de clichés réalisés entre 1980 et 2016. La patte de l’artiste se reconnaît sans difficulté, lui qui coupe, taille et retire des éléments comme le fait le sculpteur, afin de nous donner à voir les structures spontanées, les lignes de fuite et les parallèles que le regard ignore souvent.

 

 

L’épure et le chaos


La liaison entre art et architecture propre à Peter Downsbrough trouve son expression dans l’installation de ses œuvres au sein de la ville. La précédente exposition, au Palais des Beaux-Arts, a été ainsi l’occasion d’insérer une sculpture de l’artiste dans le tissu urbain bruxellois. Complétez votre visite en dévalant le boulevard Botanique, passez la place Rogier, dirigez-vous vers le boulevard Emile Jacqmain, vous y découvrirez une œuvre in situ intitulée AND/MAAR, OP – AND/POUR, ET. Elle se compose de cadres métalliques, noirs comme il se doit, installés à bonne distance l’un de l’autre, dans l’axe du boulevard. Selon l’angle que vous choisirez, votre regard fixera une perspective apaisée ou, spécialité bruxelloise que le monde entier ne nous envie pas, un chaos de réverbères, feux rouges et autres agressions visuelles. Illustration magnifique, ou atroce selon votre humeur, de la démarche de Peter Downsbrough, qui se nourrit de l’organisation architecturale des villes, interroge l’espace et valorise le point de vue personnel.

 

 

Peter Downsbrough – OVERLAP/S
Le Botanique
236 rue Royale
1210 Bruxelles
Jusqu’au 11 août
Du mercredi au dimanche, de 12h à 20h
https://www.botanique.be/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Luc Masse

Journaliste

Journaliste passionné d’art sous ses diverses expressions, avec une prédilection pour la photographie. La pratiquant lui-même, en numérique et argentique, il est sensible à l’esthétique de cet art mais aussi à ses aspects techniques lorsqu’il visite une exposition. Il aime rappeler la citation d’Ansel Adams : « Tu ne prends pas une photographie, tu la crées. »