Les arbres sacrés du PhotoBrussels Festival

Muriel de Crayencour
29 janvier 2022

Au Hangar s'est ouverte la sixième édition du PhotoBrussels Festival, avec une exposition rondement menée sur le thème de l'arbre, ainsi qu'une large sélection d'expositions dans près de 40 lieux partenaires. 

C'est en constatant que Bruxelles manquait d'événements qui présentaient de la photographie que Delphine Dumont a créé le PhotoBrussels Festival en 2015, soutenue par Rodolphe de Spoelbergh, propriétaire du Hangar. Après une édition montée sur appel à projets en 2021 sur l'expérience du confinement et dont nous vous parlions ici, le thème de cette année est l'arbre.

In the Shadow of Trees présente 17 photographes ou duos de photographes, ainsi que les trois lauréats du Prize. Arbres de villes ou arbres des forêts, le thème de l'arbre est ancestral et universel, tant dans la peinture que dans la photographie. Il est aussi utilisé comme symbole - arbre de la connaissance, arbre généalogique... - et son existence est puissamment liée à celle de l'humain. 

L'exposition présente 20 visions et quêtes différentes, toutes émouvantes, sur l'arbre. Commençons par les arbres du Coréen Kim Jungman, silhouettes fragiles et mal en point, photographiées comme des individus. Cette série de photographies, Street of Broken Hearts, montrent les arbres - malmenés et parfois cassés d'une rue de Séoul, magnifiés et rendus graphiques et élégants par le regard du Jungman. 

Beth Moon a sillonné le monde pendant 14 ans à la recherche des arbres les plus anciens. Pour leur tirer le portrait, elle a mis en place tout un rituel, allant jusqu'à dormir sous l'arbre choisi avant de le photographier. Sa série en noir et blanc de portraits d'arbres est d'une beauté stupéfiante. 

Au rayon portraits, voyez aussi, toujours au rez, les photographies des arbres les plus anciens de New York, par Mitch Epstein. Bon nombre de ces arbres sont arrivés au début du 20e siècle en tant que souvenirs ou cadeaux diplomatiques. Aujourd'hui, plus que centenaires, parfois couverts de grafitti, ils sont les monuments de bois et de feuilles de la ville.

Dans le film Forest on Location, Persijn Broersen et Margit Lukacs (Pays-Bas) prennent pour décor une des dernières forêts primaires d'Europe située entre la Pologne et la Biélorussie. Dernier témoin d'une forêt qui a longtemps recouvert une bonne partie de l'Europe de l'Ouest, Białowieża est restée sauvage. Les deux artistes l'ont reconstituée en images 3D et elle sert de toile de fond à une déambulation chantée par le chanteur d'opéra iranien Sharam Yazdani.

A l'étage, Paradis perdu est le projet photographique qu'Eric Guglielmi a réalisé dans le bassin du Congo. La forêt de cette région est le deuxième poumon vert de la planète, avec ses 250 millions d'hectares. Elle fait l'objet d'une déforestation intensive et très peu médiatisée. Le photographe est allé à la rencontre des Bakas, à l'Est, qui ne vivent que de ressources naturelles.

Ainsi, comme d'autres dans l'expo, le travail du photographe met en lumière, en plus de ses qualités esthétiques, des informations importantes sur le destruction des forêts.

D'autres aussi s'y attachent, rendant l'exposition riche de notions documentaires, et de possibles prises de conscience écologiques. Jelle Brandt Corstius et Jeroen Toirkens, tous deux néerlandais, ont réalisé un important projet documentaire, Borealis, sur la forêt boréale, ou taïga, qui forme un anneau presque continu autour du pôle Nord, s'étendant sur l'Europe, l'Asie et l'Amérique du Nord. Cette forêt représente 30% de la surface boisée du globe terrestre. C'est un énorme réservoir de carbone. Les deux photographes racontent huit histoires sur les habitants de ces lieux, formant une documentation historique inestimable.

Pascal Maître raconte en images l'incroyable utilisation d'un millier de baobabs comme réservoirs d'eau, à Madagascar. 

Au dernier étage, les trois lauréats du Prize sont Benjamin Deroche, Yutao Gao et Kira Kratz.


Le Festival Tour

37 lieux sont au rendez-vous, dont L'Enfant Sauvage, la Box Galerie, Inside-Out Gallery dont nous vous parlions hier, LMNO, Mhaata avec les photos de Didier Goupy, A Galerie et les portraits de Claude Gassian, Archiraar avec Pierre Liebaert à partir du 24 février, la Fondation A Stichting avec l'exceptionnelle expo dédiée à Helen Lewitt et ses photographies de rue et beaucoup d'autres choses. 

PhotoBrussels Festival
Hangar 
18 place du Châtelain
1050 Bruxelles
Jusqu'au 26 mars
Du mardi au samedi de 12h à 18h
Hangar.art

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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