PhotoBrussels Festival : une excellente cinquième édition

Muriel de Crayencour
27 janvier 2021

La cinquième édition du PhotoBrussels Festival (PBF 05) s'est ouverte jeudi passé au Hangar, place du Châtelain, à Bruxelles. Après l'édition de novembre 2019 sur le thème de la nature morte, l'édition 2020, reportée donc, se penche sur l'expérience du confinement. 

En mars 2020, quelques jours avant le premier lockdown, l'équipe du Hangar - dont le fondateur Rodolphe de Spoelberg et la directrice et fondatrice du festival Delphine Dumont - s'interroge sur le thème de la prochaine édition. Ce confinement annoncé ne serait-il pas l'occasion de lancer un appel aux photographes de réaliser un travail durant ce temps arrêté entre mars et juin 2020 ? "On voulait ouvrir la porte à la résilience créative, cela nous semblait une vraie mission, explique Delphine Dumont. Nous avons fait un appel via les réseaux sociaux - et via le fichier de photographes du partenaire de l'événement - Leica - et nous nous attendions à recevoir une cinquantaine de dossiers." Plus de 450 dossiers affluent, tous reflétant deux pistes de création : l'appropriation et l'exploration des lieux de confinement mais aussi une introspection intime sur les limites du mental. "Nous avons donc dû nous pencher sur plus de 6 000 images, raconte Rodolphe de Spoelbergh. Notre sélection de 27 artistes ne rend bien évidemment pas justice à cette énorme moisson d'images." C'est pourquoi le catalogue reprend, dans ses dernières pages, le nom de chaque candidat et une image de son dossier. 

Confinés en Europe

L'appel était ouvert aux photographes professionnels, ayant déjà exposé ou publié, et confinés en Europe, et demandait une œuvre originale, créée durant le lockdown. Au Hangar, l'exposition s'ouvre par le travail de Julia Fullerton-Batten (1970, Allemagne), dont une des photos est utilisée pour la communication du festival. Cette habitante de Londres lance la proposition de photographier des habitants de West London depuis l'extérieur de leur habitation, dans une mise en scène qu'ils décident. Chaque photographie présente une image dans l'image, puisque, par exemple, les silhouettes de cette famille de sept personnes se découpent dans le cadre de la fenêtre, elle-même encadrée par quelques éléments ou plantes du jardin. Même chose pour cette petite violoncelliste en chemise de nuit, qu'un chat regarde depuis le jardin. C'est l'intensité de la sensation d'enfermement qui est mis en avant avec cette série Looking out from Within, ainsi que les échanges de regards entre l'intérieur et l'extérieur, entre les sujets photographiés et la photographe. 

Nick Hannes (1974, Anvers) propose An unexpected Lesson in Joy, un journal intime et familial dans la campagne flamande, où l'on voit ses deux filles tenter de faire naviguer une poule, essayer de nager dans un océan d'herbes. Un mélange de sérénité, de joie et d'un brin d'angoisse exsude de ses images. 

Giovanni Hänninen (1976, Helsinski, Finlande), qui vit à Milan, remarque que les grands panneaux d'affichage publicitaire sur les bâtiments sont aujourd'hui vides, faute d'annonceurs. Ces grandes surfaces blanches tracent comme un vide, une absence, sur les murs de la ville. 

Alexandra Serrano (1988, Fontainebleau, France), utilise l'ancienne technique du cyanotype pour mettre ensemble des articles de presse sur le coronavirus, découpés dans le journal du jour et des plantes, dans une création douce et poétique. 

Pierre Jarlan (1983, France), photographe et psychiatre pour enfants, a mis au point une technique pour prendre en photo de haut des intérieurs. Il invite des enfants, adultes, parents, à prendre en photo leur lieu de vie. Ce moyen d'expression est tant proposé avec un but thérapeutique que comme support à une expression personnelle. On y voit reconstituées des chambres qui sont comme des nids, emplis de fouillis, ou incroyablement rangées. S'y dit la solitude, l'angoisse de l'enfermement... c'est très touchant.

Avec Home Play, Lucas Leffler (1993, Belgique) a démarré pendant le lockdown une expérience ludique chez lui : plantes, papier peint, éléments d'emballage, chaises servent des compositions.

Laure Vasconi (1956, Stuttgart) est architecte et photographe. Elle a vécu le confinement avec son fils de 16 ans, trisomique, qui a eu beaucoup de difficulté avec l'aspect irréel de la réalité du lockdown et la notion abstraite du coronavirus. Une photo par jour devient leur manière à tous les deux d'exprimer ce temps suspendu à la maison. Parfois caché sous une couette ou derrière un rideau, parfois portant les bijoux de sa mère, comme un Apache, parfois dansant, Leonard se transforme en différents personnages au fil de ses émotions. 

Frédéric Stucin (1977, France). Gradué de l'Ecole supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg et de l'Ecole nationale supérieure Louis-Lumière, Stucin habite à Paris depuis plus de 20 ans. il photographie Paris, qu'il connaît par cœur, la nuit. Ville vidée de ses habitants, qui ressemble à un plateau de cinéma après avoir crié "Coupez !" Murs gris, éclairages blafards et parfois un promeneur qui semble perdu. Frédéric Stucin est le Coup de cœur de Leica.

Notons encore Simon Vansteenwinckel (1978, Bruxelles), qui a photographié les rues de Wuhan via Google Street View Photo Sphere, utilisant un appareil argentique pour photographier son écran, pour un résultat en noir et blanc très piqué, comme un long cauchemar sirupeux. Ou Philip Hachter-Moore (1982, Royaume-Uni), qui confine avec femme et enfant, se retrouvant coincé chez lui "sans le filtre de la route ou de l'avion pour se retirer de l'histoire", comme il dit. Son fils regardant par la fenêtre, ou assis dans le canapé, ses boucles blondes faisant un point de lumière charmant, puis au début d'un sentier qui monte dans une lande verte... S'il s'était enfui, aurait-il pu capter tant de poésie ?

Nous pourrions continuer ainsi pour les autres photographes, la sélection étant excellente. Le festival propose aussi le Festival Tour, une riche programmation de partenaires dans toute la ville, dont la A Galerie, Eté 78, Argos, L'enfant Sauvage, Studio Baxton, Box Galerie, le Botanique et bien d'autres. Nous le disions déjà pour l'édition 04, le PhotoBrussels Festival a trouvé sa marque, sa place, et la sélection et l'accrochage gagnent chaque année en profondeur. C'est un immanquable !

PhotoBrussels Festival 05
The World Within
Hangar Photo Art Center
18 place du Châtelain
1050 Bruxelles
Jusqu'au 27 mars
Du mardi au samedi de 12h à 18h
Réservez votre ticket en ligne
https://www.hangar.art/

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.