Pierre Maurcot, Lame de fond

Oriane Thomasson
17 octobre 2021

Depuis 2010, la Fondation Carrefour des arts soutient de jeunes artistes travaillant en Belgique grâce à un programme dynamique de résidences et de bourses. Afin d’assurer un suivi de ses anciens résidents, et dans une logique de pérennisation, la Fondation a mis en place depuis 2020 des expositions temporaires, dans un atelier dédié aux anciens résidents ou à d'autres artistes travaillant dans le même esprit. C’est dans ce cadre qu’est présenté le travail de l’ancien lauréat de la fondation Pierre Maurcot, avec l’exposition Lame de fond, qui se tient jusqu'au 24 octobre. L’exposition donne à voir des dessins, ainsi que des peintures gravées et imprimées que l’artiste à créées ces trois dernières années.

Le secret de la matière : Pierre Maurcot travaille l’image et sa matérialité avec un intérêt particulier pour le portrait. Son travail pictural s’élabore autour d’une dichotomie, celle de la construction/déconstruction, interrogeant ainsi les potentialités de la peinture, notamment à travers la technique de l’impression.

A partir d’une toile matricielle peinte à l’huile, l’artiste effectue un transfert sur une voire plusieurs autres toiles. Seules certaines zones de la matrice sont ainsi imprimées. Cette technique, qui consiste à faire se rencontrer deux supports, l’un transmettant partiellement à l’autre son contenu, permet à l’artiste d’engager une réflexion formelle, qui soit au plus près des interrogations ontologiques qui l’animent. Le terme même d’impression recouvre sa dimension poétique, grâce au rappel de son étymologie première, qui est celle de la marque d’un élément appuyant sur un autre, lui transmettant une part de lui-même par contact, par contagion. N’est-ce pas ainsi que le temps laisse son empreinte sur les êtres et les choses ?

Pierre Maurcot réalise également des portraits à l’huile sur Forex, qu’il vient ensuite graver, évider. En soustrayant de la matière, il reproduit des formes inspirées par les zones de réserves de ses impressions. Contamination d’un travail à l’autre, ces formes organiques colonisent également de grands dessins au fusain, les recouvrant jusqu’à faire disparaître la représentation initiale. Ces petits organismes sont parfois entièrement recouverts au crayon par l’artiste, qui développe ainsi une cartographie imaginaire dans les intervalles laissés par l’impression de la peinture. Le peintre travaille la matérialité des supports, dans une recherche qui fouille le feuilletage complexe que constitue une image.

Entre les mains de Pierre Maurcot, la toile est un outil, et la peinture se fait surface, matière ou empreinte en fonction de la technique employée. Les portraits en ruine de Pierre Maurcot : ce qui émane des peintures imprimées de Pierre Maurcot, c’est le sentiment du temps qui se retire, emportant avec lui comme une vague, une lame de fond, des fragments d’être. Ses visages partiels sont comme des architectures en ruine, que l’imagination se plaît à reconstituer. Le spectateur chemine à travers ses portraits comme sur un site archéologique. Commence alors une fouille à travers les vestiges du visage et du corps. La recherche que met en place Pierre Maurcot dissèque le mille-feuille pictural dont est formée toute représentation, œuvrant aussi bien par soustraction que par ajouts de matière. La détérioration des portraits du peintre implique chez le spectateur une instabilité du regard, qui oscille entre la représentation incomplète dans laquelle il veut plonger, et la matérialité de l’image qu’il regarde.

Pierre Maurcot est diplômé de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Il a également étudié à la Hochschule Für Bildende Kunst de Dresden. Son travail a été récompensé notamment par le Prix Jos Albert en 2015, et il est lauréat de la fondation SPES.

Pierre Maurcot
Fondation du Carrefour des Arts
79 rue du Canal
1000 Bruxelles
Jusqu'au 24 octobre
Du mercredi au dimanche de 14h à 18h
www.carrefourdesarts.be

Oriane Thomasson

Journaliste

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