Pourquoi c’est moderne

Muriel de Crayencour
09 février 2014
Saint Casilda penche la tête vers vous, son regard noir légèrement inquisiteur vous transperce. D’un geste gracieux des bras, elle relève sa jupe de riche brocard rehaussé de fils d’or. Le temps d’un regard, elle s’apprête à partir…

Cette peinture fait partie d’une série de portraits que Francisco di Zurbarán (1598-1664) réalise pour le marché des colonies. Zurbarán a décrit d’une manière unique l’esprit de la société espagnole de la première moitié du 16è s., sa culture de la symbolique visuelle, sa profonde religiosité et le rôle de la peinture comme moyen de transcender le réel pour devenir un lieu de connaissance et de reconnaissance. La peinture de sujets religieux au 16ème s. était un outil pour donner à voir les épisodes instructifs de la Bible aux croyants illettrés. Leur style devait être direct, simple et clair. Pourtant le langage stylistique de Zurbarán est unique. Il mêle naturalisme, sensibilité et poésie. Ses toiles surprennent par leur grande modernité de traitement : simplification des formes, diminution des détails, arrière-fonds unis, un éclairage qu’on qualifierait aujourd’hui de cinématographique : le contraste entre ombre et lumière, - propre à la lumière du soleil à son zénith dans le sud de l’Espagne -, accentue l’effet dramatique et la concentration du regard sur les éléments essentiels du tableau. Le traitement de la perspective l’est aussi : Zurbarán ne cherche pas à représenter l’espace, il le dit avec quelques éléments, sans le rendre central dans la composition. Les personnages n’hésitent pas à échanger un regard avec le spectateur, plaçant celui-ci dans une position de participant à la scène. Ne cherchez pas de double lecture, il n’y a pas d’énigme dans les toiles de Zurbarán. La seule énigme pour le spectateur d’aujourd’hui pourrait être sa méconnaissance des sujets religieux. Ce qui est saisissant ici, c’est la grande modernité de la représentation du réel.
 Zurbarán
Bozar 23 rue Ravenstein
1000 Bruxelles
Jusqu’au 25 mai


https://www.bozar.be/activity.php?id=13203

http://lu-cieandco.blogspot.be/2014/02/laet-frappee-par-un-fil-rouge-lexpo.html?spref=fb

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

Articles de la même catégorie

Fabian Meulenyser
11 mars 2020
Véronique Godé
06 mars 2020