Précieux papiers

Muriel de Crayencour
21 janvier 2014
C’est un concours que la Bibliotheca Wittockiana a proposé aux étudiants des académies, des écoles supérieures et de certains autres ateliers de reliure en Belgique. L’objectif : produire une ou deux reliures entièrement en papier. Exit les peaux, maroquins et autres vélins qui font de la reliure une pratique chère et élitiste. L’idée étant de confronter les étudiants à un matériau meilleur marché et de les emmener à apporter des idées nouvelles, sans limite de format, ni de contrainte sur le contenu sinon qu’il soit littéraire ou artistique. La sélection a été faite par un jury présidé par Anne Goy, professeur de reliure à La Cambre et constitué de spécialistes du livre relié et de bibliophiles, ainsi que de Michel Wittock, qui, bien qu’ayant fait dont de sa collection à la Fondation Roi Baudouin, n’a toujours pas rangé ses chaussons. Le premier prix est doté de 2500 € ainsi que d’une commande à réaliser une reliure pour la collection de la bibliothèque.

Inventivité et précision, sens des formes et du matériau, élégance et retenue sont au menu des 25 projets sélectionnés par le jury. Le premier prix (Jessica Astier et Camille Boisaubert, élèves de La Cambre) n’intègre ni fil ni colle. L’ensemble de la reliure – y compris l’assemblage des feuillets, est faite d’un tressage de papier d’une élégance presque primitive, tant on retrouve ici un geste de vannerie.

On pointe le travail de Tatiana Gersten (3ème prix ex-aequo), élève de l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Gilles, pour sa reliure de « Sommeil » de Murakami, dont le dos est cousu de fils gris laissés longs de chaque côté et dont le livre s’enchâsse dans une boîte qui évoque un coffret à éventail.

Les participants ont joué sans frein sur de beaux contrastes de couleurs de papier. Ainsi, David Cauwe, de l’Académie des Arts et Métiers de Liège mêle orange, brun kraft et noir d’un motif sérigraphie. Plus loin, un  délicat flapbook de Ute Khal pour la partition du « Bolero » de Ravel donne une vie presque musicale au papier. Hors concours, des relieurs professionnels ont aussi fait chanter les papiers avec un art délicat, patient, hors du temps.
Papier papier
Bibliotheca Wittockiana
Bruxelles

« The secret Belgian binding »



Dans le monde feutré des relieurs, on parle beaucoup du « secret Belgian binding ». Il s’agit d’une couture apparente inspirée de la reliure japonaise et créée en 1986 par Anne Goy. Cette reliure simple, pratique, graphique, a l’avantage d’assurer une bonne ouverture du livre et elle suffit, par son côté graphique, à décorer le livre. Ce modèle se répand chez les relieurs du monde entier et en 2009, Anne Goy découvre sur internet que son système est présenté comme la reliure belge secrète, qui aurait vu le jour dans un monastère de notre pays, entre le 14è et le 16è siècle ! Anne Goy dépose un copyright et rédige un manuel technique, publié en avril de cette année aux Editions Esperluète, Atelier du Livre de Mariemont. Que du beau monde!

Paru en mai 2013 dans L'Echo

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.