Promenons-nous dans les bois

Gilles Bechet
20 avril 2019

La Galerie Mathilde Hatzenberger propose une double exposition de Pierre Dessons et Manon Bara, un duo d’artistes de générations différentes qui partagent un même goût pour le bois et une nature intranquille, source d’émerveillements et d’effroi.

Il n’est jamais trop tard pour (re)découvrir Pierre Dessons. Comme bien d’autres, son œuvre est injustement passée sous les radars. A plus de 80 ans, l’artiste n’est plus un débutant. À l’abri des pressions et des modes, il a façonné un univers plastique jamais figé et d’une grande cohérence. Habitué de la Galerie Mathilde Hatzenberger, il occupe cette fois les murs aux côtés de la jeune Manon Bara. La première surprise est de voir à quel point leurs deux univers se complètent dans leurs différences. Aux gravures sur bois de l’une répondent les peintures et sculptures en bois de l’autre. Il est beaucoup question de nature chez ces deux là, de fleurs, d’animaux et puis d’humains qui font la bête. On n’est pas revenu au jardin d’Eden pour autant. C’est plutôt une post-nature qui reprend ses aises après le passage des hommes, une nature inquiète qui ne se laisse pas faire. Pierre Dessons aime nous jouer des contes, des contes à regarder debout avec un brin de sauvagerie. Si la figuration est centrale dans ses toiles, il n’en fait pas pour autant de l’illustration, il y a chez cet homme un plaisir évident de la peinture, et un laisser aller dans un jeu des matières, de formes et de perspectives qui obéissent au plaisir de l’œil. La finition de ses sculptures en bois de tilleul polychrome est sans aspérités. Les formes sont lisses comme pour mieux nous tromper sur la nature hybride et mutante de leurs sujets échappés d’un espace mental à plusieurs entrées. L’univers de Manon Bara est un peu plus rugueux et plus cash, cela tient à la technique de la gravure et à l’énergie communicative de son coup de gouge. Si on s’embrasse, c’est pour se manger, un bâton de rouge à lèvres ressemble à une bombe prête à faire éclater un sourire. Le crâne porte fleur et les doigts s’enflamment. Si la plupart des gravures jouent sur le contraste entre la noirceur de l’encre et la tendre chair du bois, l’artiste présente aussi des gravures en couleurs prometteuses d’autres explorations picturales.

 

Manon Bara / Pierre Dessons
Bois et Merveilles
145 rue Washington
1050 Bruxelles

Jusqu’au 11 mai
Jeudi, vendredi de 11h à 18h, samedi de 12h à 18h
www.mathildehatzenberger.e

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.