Les artistes hongrois d'après-guerre

Muriel de Crayencour
20 février 2020

La QG Gallery présente un dialogue passionnant entre une série d'artistes hongrois d'après-guerre et des artistes internationaux d'aujourd'hui, qui expérimentent l'abstraction géométrique pour les uns, et font partie du mouvement Supports/Surfaces pour les autres. 

En Hongrie, l'après-guerre fut marquée par l'exil de plus de 200 000 personnes, dont de nombreux politiques, intellectuels et artistes tels Victor Vasarely, fondateur du mouvement Op Art, ou encore Lazlo Moholy-Nagy, qui devint l'une des figures majeures du Bauhaus.

A la même époque, la censure politique et artistique, particulièrement à Budapest, divise l'art en trois catégories : l'art soutenu, l'art toléré et l'art interdit. Dans la ville de Pècs s’établit un collectif qui va profiter des usines spécialisées en plaques émaillées de la ville pour créer le Pècs Workshop. Fondé par l’artiste et professeur Ferenc Lantos, ce collectif de cinq artistes, Ferenc Ficzek (1947-1987), Kàroly Hopp-Halàsz (1946-2016), Kàroly Kismànyoky (1943), Sàndor Pinczehelyi (1946) et Kàlmàn Szìjàrtò (1946) se fait connaître pour ses abstractions géométriques, ses œuvres Land Art et ses performances conceptuelles documentées à travers des photographies et des vidéos. L'abstraction géométrique et l'utilisation de ses plaques émaillées industrielles permettent de détourner l'attention des autorités de leur création. Pècs sera pourtant un foyer important d'activités antigouvernement en Hongrie.

Dès l'entrée de la galerie, sur la gauche, trois compositions sur plaques émaillées, de Kàroly Hopp-Halàsz, Ferenc Lantos et Sàndor Pinczehelyi. Ce dernier regroupant quatre plaques de 50 x 50 cm identiques pour sa composition en rouge, orange et noir. Leur faisant face, une œuvre magistrale de Peter Halley, Untitled (Six Prisons), une composition similaire à celle de Pinczehelyi, puisqu'il assemble six petites toiles identiques. 

Plus loin, toujours ce travail rythmique sur plaques émaillées et une très belle peinture à la tempera sur papier, de Ferenc Ficzek. Une peinture acrylique sur aluminium d'Imi Knoebel, datant de 2002, fait face à ces œuvres créées de 1968 à 1971. Dans la dernière salle, un majestueux Vasarely, Gestal Pyr, de 1969, sur un mur, et sur l'autre, un grand carré de Daniel Buren. Le point d'orgue est la grande sculpture installée dans le jardin, High Stand (reconstruction) de Kàroly Hopp-Halàs. L'ensemble rend avec élégance hommage au talent de ces artistes hongrois. Et c'était bien l'objectif de l'exposition.

Hungary vs The World
QG Gallery
62 rue de la Concorde
1050 Bruxelles
Jusqu'au 28 mars
Du mardi au samedi de 11h à 18h
www.qg-gallery.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.