Quatre femmes dans un jardin de chair

Gilles Bechet
20 février 2020

La galerie Dys expose jusqu'au 1er mars les dessins qu'Anya Belyat-Giunta et Annabelle Guetatra ont réalisés pour des récits de Béatrix Beck et Justine Arnal.

Anya Belyat-Giunta et Annabelle Guetatra, deux artistes fidèles de la galerie DYS, reviennent par le jardin hanter les cimaises de leur figures féminines effrontées, entre charnel et végétal. Les dessins qu’elles présentent accompagnent deux récits parus aux éditions du Chemin de fer. L’ambition de cet éditeur indépendant, basé en Bourgogne, n’est pas de coller des illustrations à un texte mais de susciter la rencontre d’une artiste des mots avec une artiste de l’image.

Annabelle Guetatra a mis en images Une lilliputienne, de Béatrix Beck, qui narre les aventures picaresques de Lia, une fille au teint délicat et à la peau cristalline, haute de quatre-vingt-dix-huit centimètres. Comme une Eve aux grandes mains, la femme-fleur de Guetatra s'immisce entre mandariniers et serpent dans un jeu mutin de réappropriation du paradis perdu. Si les créatures humaines et animales semblent inséparables sur papier, l’artiste confie qu’elle a d’abord dessiné sa lilliputienne qu’elle a laissée au repos pendant un mois avant d’y glisser un serpent, parce qu’elle avait le sentiment que quelque chose manquait au dessin. Les compositions délicates et un brin perverses de l’artiste ne sont pas sans rappeler l’iconographie mexicaine, avec sa multiplication baroque d’éléments végétaux et animaux entraînés dans un joyeux carnaval. Comme envoûtée par la créature qu’elle a engendrée, Annabelle a continué à la faire vivre dans d’autres dessins hors du récit.

Anya Belyat-Giunta, pour sa part, accompagne Finir l’autre, de Justine Arnal, où une mère façonne le corps de son nouveau-né comme une œuvre inachevée dont les circonvolutions charnelles déjouent avec impertinence toutes ses attentes. En parfaite symbiose avec ce récit transformiste, Anya Belyat-Giunta signe des dessins organiques habités d’étranges créatures en mutation entre chairs roses, fourrure et griffes rouges, accouchées de l’encre et du crayon liquide. Pour perturber la circulation et le regard du visiteur dans sa galerie, Justine Jacquemin a invité le sculpteur Stief Desmet à introduire son étrange trophée de chasse, les bois d’une créature mythologique égarés dans ce troublant jardin féminin.

Brûlant d’un feu rose...
Anya Belyat-Giunta, Annabelle Guetatra & Stief Desmet
Galerie DYS
84 rue de l’Arbre Bénit
1050 Bruxelles
Jusqu’au 1er mars 
Jeudi et vendredi de 11h à 18h, samedi et dimanche de 12h à 18h
www.galeriedys.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.