Quatuor de rentrée chez Contretype

Jean-Luc Masse
20 septembre 2019

Les photographes Oriane Thomasson, Joël Nepper, Alex GD et Jacques Vilet inaugurent la nouvelle saison de la galerie Contretype de Bruxelles. Paysages naturels ou en trompe-l’œil, aliénation au travail, voyage mémoriel : chaque artiste y dévoile son univers.


ORIANE THOMASSON, PLUS FAUX QUE NATURE

Troublantes. Oui, les photographies d’Oriane Thomasson jettent le trouble lorsqu’on les découvre aux cimaises de la galerie Contretype. L’artiste nous piège par un subtil jeu qui oscille sans cesse entre le vrai et le faux. Elle a en effet sillonné la Belgique et la France à la recherche de jardins zoologiques, muséums d’histoire naturelle, galeries d’évolution, en quête de nature reconstituée par la main de l’homme. Au sein de ces biotopes fantasmés, inutile d’y chercher trace de vie : les animaux sont absents. Sont-ils ailleurs ou déjà décimés ? Un travail remarquable, comme un cri d’alarme.


JOËL NEPPER, A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU

Démarche mémorielle par excellence, les créations de Joël Nepper sont nées d’une résidence d’artiste chez Contretype en 2017. Riche de souvenirs d’enfance lorsqu’il visitait ses grands-parents à Woluwe-St-Lambert à la fin des années 80, le photographe est parti à la recherche du terrain vague où il s’inventait mille histoires. Mais les années ont passé, et les promoteurs immobiliers aussi. Par le biais d’impressions sur verre au collodion, enchâssées dans des caisses américaines, ces encadrements profonds qui confèrent une belle perspective aux images, les travaux de Joël Nepper évoquent magnifiquement la photographie ancienne et le jardin d’Éden perdu.
 

ALEX GD, L’HUMAIN EST UN ROBOT COMME LES AUTRES

Photographie ou installation ? Chez Alex GD, on est à la lisière de l’une comme de l’autre. Judicieusement installées au sous-sol, les œuvres de l’artiste se composent en effet de photographies, documents, plans ou photocopies. Intitulée Obsolescence, la série montre, démonte et dénonce le quotidien d’un opérateur de production, chargé de surveiller la fabrication de produits, dont la finalité et l’utilité ne sont pas toujours évidentes. Pamphlet plus que recherche esthétique, cette série parvient à nous faire osciller entre humour et amertume.


JACQUES VILET, CLASSICISME EN NOIR ET BLANC

"Je me trouvais, sans l’avoir prévu, sur les terres natales de Caspar David Friedrich. Je retrouvais les objets et les décors que jusqu’à présent j’avais attribués à l’imaginaire de l’artiste : la torsion des branches, la forme des rochers enchevêtrés." Equipé de sa chambre grand format, Jacques Vilet a arpenté la Poméranie, cette région côtière de la mer Baltique à cheval sur la Pologne et l’Allemagne. Fuyant l’anecdotique, le photographe contemple avec simplicité le paysage et s’efforce d’en faire ressortir le sublime et le silence, sans effet graphique trop évident. Un classique.


Oriane Thomasson, Joël Nepper, Alex GD et Jacques Vilet
Contretype
4a Cité Fontainas
1060 Bruxelles
Jusqu'au 27 octobre
Du mercredi au vendredi de 12h à 18h, samedi et dimanche de 13h à 18h
www.contretype.org

Jean-Luc Masse

Journaliste

Journaliste passionné d’art sous ses diverses expressions, avec une prédilection pour la photographie. La pratiquant lui-même, en numérique et argentique, il est sensible à l’esthétique de cet art mais aussi à ses aspects techniques lorsqu’il visite une exposition. Il aime rappeler la citation d’Ansel Adams : « Tu ne prends pas une photographie, tu la crées. »