Rashawn Griffin sort du décor

Gilles Bechet
21 janvier 2023

La galerie Ballon Rouge accueille l'artiste américain Rashawn Griffin pour sa première exposition belge.
Un voyage coloré de l'intérieur vers l'extérieur.

 

On voit d'abord les couleurs, vives, psychédéliques et fluos et les matières des objets trouvés, des tissus, des peluches et de l'argile de couleur. Sans être explicitement autobiographique, le travail de L'artiste américain Rashawn Griffin interroge le corps et son interaction avec l'espace. Entre installations, peinture, ou sculpture, sa production s'inscrit dans un flux mouvant et souvent autoréférentiel. Comme ses pairs de la Whitney Biennial de 2008, il appartient à cette génération d'artistes américains, qui ne se lient pas à un médium ou à un matériau définissant par leurs œuvres le halo de nos temps intranquiles.
Habitué au grandes pièces et aux commandes institutionnelles, l'artiste a répondu favorablement à l'invitation de sa compatriote Nicole O'Rourke, fondatrice, et Hélène Duménil, Galeriste, pour exposer chez Ballon Rouge,  petite galerie galerie bruxelloise du bas de la ville. Il s'est pour l'occasion plié à l'exercice, plutôt rare chez lui, des petits formats. Les oeuvres de la série Décors sont des peintures autant que des sculptures. Des installations mises en cadre qui racontent une histoire ou plutôt des histoires. Des fenêtres ouvertes sur son monde intérieur. La présence répétée de jouets et de peluches renvoie forcément à l'enfance que l'artiste a vécu dans une maison envahie par les peluches en compagnie de nombreux autres enfants. Il considère ses œuvre comme des décors, parce qu'il estime qu'elles reflètent sa personnalité au même titre que la décoration d'un living-room synthétise par ses couleurs, ses formes et ses matières la personnalité de celle ou celui qui y habite.

 

Autoportraits intérieurs

Dans un esprit de lente évolution, certaines de ses pièces sont des versions réduites d'architectures de couleurs utilisées dans des oeuvres en grande dimension où les couches de plasticine remplacent ce qui était en tissus. S'il a tendance à présenter ces oeuvres comme des autoportraits, ce sont des transcriptions imagées de moments tels qu'il les a vécus, des autoportraits intérieurs en quelque sorte. Dans ses peintures, réalisées sur place à Bruxelles il adopte un trait libre et enlevé, proche de la caricature, pour croquer de mémoire des silhouettes croisées ou des moments, des impressions, qui lui reviennent de ses pérégrinations nocturnes.
Il propose également des céramiques qu'il façonne selon un rituel immuable, il façonne d'abord des petites boulettes qu'il roule entre ses paumes avant de les aplatir pour obtenir des pastilles qu'il conserve telles qu'elles ou qu'il assemble pour en faire des objets sculptures qui composent ce qu'il appelle ses paysages intérieurs.Intriguant, l'univers de Rashawn Griffin ne se décode pas de façon binaire, difficile de dire si ces œuvres transcrivent des moments de joie ou de tristesse, ce que l'artiste se garde bien de dévoiler. A Art Antwerp, en tout cas où la galeriste avait emmené une œuvre de Griffin pour introduire l'exposition, elle semblait agir comme un aimant sur les enfants, prêts à regarder avec les yeux et avec les mains.

 

Rashwan Griffin
Décors
Ballon Rouge
2 Place du Jardin aux fleurs,
1000 Bruxellesjusqu'au 11 mars
Jeudi et vendredi de 14h à 18h
samedi de 12h à 18h
www.ballonrougecollective.com

Gilles Bechet

Rédacteur en chef

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz et COLLECT

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