Reflets dans une eau changeante

Gilles Bechet
26 juin 2020

La galerie Almine Rech rassemble six de ses artistes pour une exposition de groupe entre passé et présent.

Faut-il y voir une allusion à la pensée d’Héraclite ou à la constante métamorphose de l’art ? L’exposition de groupe présentée chez Almine Rech cet été rassemble six peintres qui glissent sur les surfaces et les codes de représentation et trouvent leur contemporanéité par de subtiles références à la peinture du passé. L’artiste allemand Chris Succo joue avec la couleur comme avec une écriture. Des teintes fluo à l’expression brute et gestuelle sont recouvertes de traces blanches comme une végétation débridée créant une perspective sous tension. Avec son univers aux reflets irisés qui semble sorti d’un monde numérique, le français César Piette propose de fascinantes et ludiques natures mortes de jouets et de créatures gonflables aux grands yeux noirs comme des pastilles lisses. Il se sert d’une technique hyperréaliste pour ramener ses trophées mélancoliques des coulisses d’un jeu vidéo sans fin. Christian Hidaka orchestre un théâtre en trompe-l'œil. Ses personnages énigmatiques ont enfilé un costume d’Arlequin ou de Gitane pour apparaitre sur une scène qui est une boîte à surprises de symboles et de références à la peinture de la Renaissance ou à De Chirico. De la belge Charlotte Beaudry, on peut voir un magnifique portrait d’adolescente encapuchonnée au regard défiant entourée de paisibles plissés de tissus pastels qu’on aurait envie d’écarter pour glisser un œil sur un monde très contemporain.

Architecte de formation, Gioele Amaro se ballade entre peinture et art numérique. Ses créations digitales méticuleusement retravaillées de couches successives de vernis et de touches de couleur créent l’illusion de matières plastiques baignant dans une lumière artificielle changeante. La dernière salle est consacrée au travail de l’américain Anthony Miler. Ce sont deux séries très contrastées dans la forme et les couleurs entre ombres et lumières. Ses peintures méditatives à la limite de l’abstraction évoquent, dans des couleurs pastel et des formes élégantes, des paysages épurés dans la lumière du petit matin. A l’opposé, ses dessins aux traits noirs fiévreux d’où émerge un visage changeant au rictus menaçant sont comme l’écho d’une nuit sans sommeil peuplée de fureurs et de cauchemars.

Water Always Moves On
Galerie Almine Rech
20 rue de l’Abbaye
1050 Bruxelles
Jusqu’au 1er août
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h
www.alminerech.com

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.