A Reggio Emilia, la collection d’Achille Maramotti

Muriel de Crayencour
17 juin 2015
La Collezione Maramotti a ouvert ses portes en 2007. Installée dans l’ancien siège de Max Mara à Reggio Emilia, à une heure de Milan, elle peut être visitée librement. Ce sont plus de 200 œuvres qui sont à découvrir, représentant seulement une portion de la collection du fondateur de la marque de vêtements Max Mara, Achille Maramotti. Celui-ci a collectionné des pièces des années 1945 à 2000. La plupart des œuvres ont été acquises directement dans les ateliers des artistes, avec qui il s’était lié d’amitié.

Le bâtiment de 1957 a été conçu par les architectes Pastorini et Salvarini et a été agrandi deux fois dans les 10 années qui suivirent sa construction. En 2003, Max Mara déménage son siège dans la banlieue de Reggio Emilia, laissant ce bâtiment vide. Lorsque, au décès d’Achille Maramotti, on décide de présenter sa collection au public, la conversion du bâtiment en lieu d’exposition est confiée à l’architecte anglais Andrew Hapgood. Son approche respectueuse développe des espaces ouverts aérés et bruts.

Sur trois étages, c’est un ensemble remarquable de peintures, surtout, mais aussi de sculptures et d’installations, qui s’épanouit dans des espaces lumineux et ouverts. Les artistes – plus de 120 – dont énormément d’Italiens, ont tous travaillé dans la seconde moitié du XXe siècle. Achille Maramotti a toujours sélectionné des artistes qui, en leur temps, introduisaient des éléments d’expérimentation et d’innovation dans leur travail.

On y trouve notamment une longue barque noire suspendue de Claudio Parmiggiani, un Francis Bacon, de nombreuses toiles d’Alex Katz et de nombreux exemples de l’école romaine du Pop-Art et de l’Arte Povera. Voici les immenses mots de Christopher Wool, un mural de Mimmo Paladino. Un Jean-Michel Basquiat de 1982, une installation de Mario Merz, La frutta siamo noi, dont les fruits frais sont changés chaque semaine. Sigmar Polke voisine avec Anselm Kiefer et Gerhard Richter ou Julian Schnabel. D’une salle à l’autre, d’un style moderniste ou néo-expressionniste ; la présentation est un flot extrêmement généreux d’œuvres, ainsi qu'un paysage assez complet de l’histoire de l’art de cette période.

Au rez, deux espaces permettent d’organiser des expositions temporaires et d’inviter des artistes du XXIe siècle, en lien et en dialogue avec la collection. « Nous ne vendons et ne vendrons jamais aucune pièce de la collection. Et nous ne demandons pas d’argent public pour nous soutenir. De cette manière nous sommes complètement libres », explique Marina Dacci, la directrice de la Collezione.

Jusqu’au 27 septembre, on peut y voir Time Flies, du photographe finlandais Esko Männikkö. Ses 50 clichés datant de 1991 à 2013 montrent une Finlande presque iconique, avec ses personnages capturés dans leur quotidien, dans des compositions qui ne sont pas sans rappeler celles des maîtres anciens. Comme cet homme en chaussettes assis devant un poêle. Ou cet autre installé sur son lit, entouré d’objets qu’il a collectionnés. Le décor fait entièrement partie de la composition. On peut dire qu’il la provoque, qu’il est le déclencheur de la photo. Les paysages enneigés n’ont rien de bucolique. On y voit des bouts de construction, la neige qui fond. « C’est comme si Männikkö nous présentait une Finlande figée dans le temps, explique Marina Dacci. Ces photos ne sont pas connectées à la mode, au temps qui file. Elles ont un côté universel. Les gens ont besoin qu’on leur tende un miroir, parce que tout va trop vite. L’art offre la possibilité de plonger dans l’humain », poursuit-elle, volubile.

Dans l’autre espace du rez, voici une installation d’Enrico David. Elève à la prestigieuse Royal Academy of Arts de Londres, il a vu avec beaucoup de stress son professeur Jonathan Miles tourner autour de ses œuvres à l’ouverture. Une grande toile voisine avec une sculpture suspendue. L’ensemble a été créée pour le lieu et est acquise par la fondation.

A une heure de voiture de Milan, ce lieu d’art mérite une visite. La ville elle-même accueille jusqu’au 26 juillet la biennale Fotografia Europea. De nombreuses expositions parsèment la ville. On ne manque pas le musée de la ville (Museo Civico), qui mixe sciences naturelles (collection Lazzaro Spallanzani, toujours présentée comme en 1862) et art contemporain, dont une croix composée de caisses d’épices de différentes couleurs et senteurs, La croce, de Claudio Parmeggiani, tout à fait sublime. Ainsi qu'un mural de Sol LeWitt, sur le plafond de la bibliothèque Panizzi…
Collezione Maramotti
Reggio Emilia
Italie
Réservation nécessaire via le site ou par téléphone
Fermé du 1er au 25 août
www.collezionemaramotti.org

Deux expositions:
Esko Männikkö
Time Flies
Jusqu’au 27 septembre

Enrico David
Jusqu’au 18 octobre

Dans le ville de Reggio Emilia:
Biennale Fotografia Europea
Dans la ville

10e édition
Jusqu’au 26 juillet









































Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.