Rémy Hans se souvient du monde d'après

Gilles Bechet
22 octobre 2021

Deux expositions au BAM à Mons et à PointCulture à Bruxelles puis Namur, dévoilent le troublant travail du jeune artiste Rémy Hans.

Les paysages désolés ont-ils des regrets ? Ceux que nous montre Rémy Hans n'ont pas de témoin pour s'en faire l'écho, si l'on excepte ses dessins épurés et précis. Pas la moindre présence humaine ne les habite. Des arbres morts, des murs délabrés. Un paysage d'après les hommes ou d'avant les hommes, on ne sait pas trop.

Lauréat du Prix du Hainaut des Arts plastiques 2020, le jeune artiste dévoile son travail dans deux expositions au BAM et à PointCulture. Le trait est bleu, d'une douceur lumineuse, posé sur la blancheur cotonneuse du papier. Des dessins qui incitent au silence, aux pas de loup.

On y voit des ruines d'un monde industriel, des arbres faméliques, rien de menaçant, plutôt un constat d'une certaine permanence du cycle de la vie. Et puis il y a aussi des dessins de morceaux de bois mort posés dans le bas de la feuille comme en lévitation. Juste un humble morceau de bois, que peut-il bien vouloir dire, de quoi témoigne-t-il ?

Le trouble s'accentue quand on croit voir dans une vitrine un morceau de bois pareil au dessin. Trompe-l'œil fascinant puisqu'il s'agit d'une sculpture en argile rehaussée d'aquarelle, un travail d'une délicatesse et d'une précision confondante. Par cette sublimation du banal, l'artiste nous invite à considérer d'un autre œil les moindres traces insignifiantes de nature, ce « presque rien » qui nous entoure et pour lequel nous n'avons pas la moindre considération. Il y a aussi ce petit dessin au fusain et encre de Chine qui semble s'être échappé des pages d'un ancien in-quarto. Il aurait pu être dessiné il y a 400 ans, rien n'aurait changé dans son délicat tracé presque évanescent. Pour Pointculture, Rémy Hans a réalisé une série de dessins sur la thématique Tout peut changer. Des petits formats toujours exécutés au porte-mine bleu et estompés à la gomme qui s'immiscent entre apparition et disparition. Une rose de Jéricho, qu'on appelle aussi Plante de la résurrection, émerge d'un voile bleuté, un fantomatique drapé blanc apparaît telle une porte vers un ailleurs, prometteur de changements.

A côté de ses dessins et de ses petites pièces, il poursuit son travail sur les mutations et les dévastations du paysage dans de grandes sculptures où les matériaux ne sont pas toujours où on les attend. Posées sur le sol, des poutres qui auraient dû être métalliques sont figées dans le marbre. Dressées comme les carcasses de créatures postindustrielles, des structures en acier Corten sont sur le point de s'écrouler ou de se relever.

Entre fiction et réalité, Rémy Hans nous balade dans les interstices de nos paysages en mutation.

 

Rémy Hans
Le poids du silence
BAM (Beaux-Arts Mons)
8 rue Neuve
7000 Mons
Jusqu'au 15 décembre
Du mardi au dimanche de 10h à18h
www.bam.mons.be

Work of Progress
PointCulture Bruxelles
145 rue Royale 
1000 Bruxelles
Jusqu'au 30 octobre
Du mardi au samedi de 11h à 18h30

PointCulture Namur
05 > 30 novembre
14 avenue Fernand Golenvaux 
5000 Namur
Du mardi au vendredi de 11h à 18h00
Samedi de 10 à 18h00
www.pointculture.be

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.