Une renaissance à la Schönfeld Gallery

Manon Paulus
18 septembre 2020

À la Schönfeld Gallery, la rentrée se veut renaissance, comme un printemps plein d’espoir et d’optimisme. C’est en tout cas sous ce thème que Jesse Willems (Anvers, 1984) et l’artiste basée à Bruxelles Magda Amarioarei (Roumanie, 1988) ont décidé de faire dialoguer leurs œuvres. Entre peintures, sculptures et collages, ne manquez pas la confrontation brutale entre ces deux univers.

Une renaissance avec un petit « r » qui est ici à comprendre sous son acceptation première, c’est-à-dire naître à nouveau. Cela prend bien son sens après l’hibernation forcée et mondialement subie de ces derniers mois.

"Le monde entier a été confronté à un bouton start-stop, qui a été enfoncé. Comment redémarrons-nous ? Recommençons-nous comme avant ou gérons-nous notre époque et notre vie de façon plus consciente ? C’est le thème de renaissance ", explique Jesse Willems, aussi curateur de l’exposition. Le questionnement est évidemment bien louable, mais il ne se reflète pas directement dans le travail de l’artiste, si ce n’est par l’ajout de couleur dans ses collages abstraits : une conséquence du confinement qui l’a amené à composer avec ce qu’il avait sous la main. Une privation qui l’a aidé à prendre très justement conscience que juste assez est bien suffisant.

Les collages sont réalisés avec du papier trouvé, ancien et fragile, aux teintes passées, mélangé cette fois avec du papier plus coloré, provenant d’anciens albums de photos de famille. L’évidente beauté de son travail n’en est pourtant pas moins abrupte et se déploie dans des motifs géométriques aux contrastes prononcés. La marque du temps est visible sur le papier, ce qui fait évoluer les œuvres dans une autre temporalité que la nôtre, tandis que l’esthétique passéiste rappelle le modernisme et l’abstraction géométrique. Mais on voit mal comment les œuvres parviennent à se connecter au présent pour insuffler espoir et optimisme. Pour Willems, « la beauté est une échappatoire au chaos qui nous entoure ». Il s'agit alors moins d'une renaissance que de trouver comment s’agencer un espace d’autonomie dans un monde qui semble nous filer entre les doigts.

À ces abstractions géométriques sont associés les petits formats, Magda Amarioarei évoquant la nature. Dans ces peintures colorées, à la touche plus spontanée et fougueuse, le printemps revient enfin. En s’inspirant de Carl Gustav Jung, elle explore les rapports entre nature et nature humaine par la métaphore visuelle du paysage. À noter également, ses sculptures en céramique très intrigantes, qui se dédoublent. Elles nous reconnectent avec une pratique ancestrale, autant qu’elles évoquent des pôles opposés psychiques réunis sous les mains de l’artiste. Mieux comprendre son passé et soi-même, c’est effectivement ce qu’il faut souhaiter à l’espèce humaine.

À Schönfeld Projects Anvers, Jesse Willems continuera ce dialogue autour de la renaissance avec Babs Decruyenaere (Belgique, 1978), à partir du 25 octobre.

Jesse Willems & Magda Amarioarei
renaissance
Schönfeld Gallery
690, chaussée de Waterloo
1180 Bruxelles
Jusqu'au 24 octobre
Du vendredi au samedi de 14h à 18h

https://www.schonfeldgallery.com/

Manon Paulus

Journaliste

Formée à l’anthropologie à l’Université libre de Bruxelles, elle s’intéresse à l’humain. L’aborder via l’art alimente sa propre compréhension. Elle aime particulièrement écrire sur les convergences que ces deux disciplines peuvent entretenir.