Au fond du verre de René Wirths

Gilles Bechet
28 novembre 2019

Pour sa première exposition bruxelloise à la Galerie Templon, le peintre allemand René Wirths propose une belle série de verres aux reflets changeants. 

Comme souvent avec les peintres hyperréalistes, la représentation n’est pas pour le spectateur un aboutissement mais un commencement. Au premier regard, on saisit le cadre général qui structure l’exposition du peintre allemand : un verre droit à fond épais se répète de toile en toile, toujours cadré frontalement. Seul le contenu du verre, lait, encre de chine, jus de pomme ou huile d’olive, ainsi que la couleur du fond, varient. En s’approchant, on constate que tout ceci n’est qu’un appât pour attirer le regard. Indépendamment de son contenu, chaque toile est différente et contient même plusieurs tableaux en un.

Là où le verre attrape reflets et lumière, le peintre en profite pour s’abandonner à un jeu ornemental de formes et couleurs rappelant même l’abstraction moderniste. L’artiste avait intitulé une de ses précédentes expositions Jazz et ce n’est pas un hasard. Les effets de lumière sont pour le peintre un terrain d’improvisation qu’il inscrit dans la structure rythmique du verre. En laissant libre cours à son appétit de sensations, il s’ouvre à d’autre interprétations. C’est ainsi qu’une toile tout en longueur d’une pointe-feutre, intitulée Black Pencil, est sous-titrée Cathedral car sous le capuchon de plastique transparent tourbillonnent des reflets qui peuvent faire penser à la flèche d’un édifice religieux.

Dans l'autre pièce, on peut voir un travail un peu plus ancien, une grande toile où trône un énorme ghettoblaster. L’appareil est représenté avec minutie sans oublier les griffes et les taches de peinture. Une cassette est glissée dans l’appareil. Peut-être contient-elle les standards de jazz que Wirths écoute en travaillant. Chaque toile est en effet peinte d’après modèle, pas d’après photo. Pas de quadrillage pour déconstruire la réalité et construire sa représentation, mais le regard pour capter des sensations. René Wirths explique qu’il travaille plutôt comme un sculpteur, commençant assez grossièrement à la brosse épaisse, pour ensuite affiner sa touche, couche par couche, avec des pinceaux plus fins. Il peint avec minutie, lentement, en perpétuant la tradition séculaire de la peinture à l’huile, comme si la photo n’avait jamais existé. A moins qu’il ne s’agisse, là aussi, d’un autre leurre. L’objet représenté n’est pas important puisqu’il n’est qu’un intermédiaire pour créer une image.

René Wirths
Beatbox
Galerie Templon
13A rue Veydt
1060 Bruxelles
Jusqu’au 21 décembre 
Du mardi au samedi de 11h à 18h
www.templon.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.