Retour de couleurs chez Schönfeld

Gilles Bechet
10 février 2022

La Schönfeld Gallery propose une exposition de groupe de huit artistes émergents de Belgique et de bien plus loin, sous le commissariat de Koen Wastijn. C'est à voir jusqu'au 26 février.

Deux mois après la catastrophe de Fukushima, des chercheurs ont capturé des papillons dans une zone qui s'étend jusqu'à 200 km de la centrale éventrée. Ils étaient atteints de multiples malformations dont le taux s'accroît à chaque génération. Quand Yvonne De Grazia s'empare des images de ces lépidoptères pour en faire des impressions sur velours, c'est une autre métamorphose qui est à l'œuvre et qui se poursuit encore sans doute dans le regard du spectateur. Poissons victimes de radiations, souris contaminées, l'artiste agit comme une vigie ou plutôt comme une pythie qui nous alerte de ce que les hommes infligent à la planète. A la vue d'un bungalow sous les palmiers où l'on imagine James Bond attendre la fin de la nuit avec une espionne moldave et son troisième Martini dry, mélangé au shaker mais pas à la cuillère, tout semble paisible. Sauf qu'on est sur l'atoll de Bikini. Tout l'art de l'artiste est de jouer sur l'apparence et la dégradation numérique de l'image jusqu'à en faire un signe ambigu. Il en va de même pour Johan Deschuymer qui, lui aussi, s'empare d'images d'actualité pour en tirer des sérigraphies abstraites où les restes de peinture s'insinuent dans le cadre pour créer des paysages de chaos.

Zarah Coussement est une autre des artistes sélectionnés par Koen Wastijn. Elle assemble le marbre et le béton dans un jeu de contrastes qui dessine une énigmatique signalétique urbaine d'intérieur où le prosaïque fait parler le délicat. L'univers de Vincent de Roder semble maîtrisé. La rigueur des formes et des lignes se laisse parfois déborder par le poids et la masse des couleurs qui font glisser les regards. Il y a quelque chose de rassurant dans ces compositions bien ordonnées qui pourtant résistent à l'analyse.

Charel Pycke semble convaincu qu'une formule existe pour atteindre l'harmonie, et pourtant, à chaque assemblage de formes géométriques en couleurs ou de plaques de MDF, il doit bien convenir que la perfection n'est pas de ce monde. Et c'est ce qui en fait sa beauté. Sonia Kurarra vient de beaucoup plus loin. Elle est née au cœur des vastes étendues du Kimberley australien. C'est dans les centres d'art aborigène qu'elle a commencé à peindre les paysages et les esprits du Temps du Rêve. Elle est tout à fait à sa place dans cette sélection. Dans son unique peinture, Julien Daffe ne choisit pas entre la forme et la couleur, il les unit dans une chimie des sens, lumineuse, organique et tactile. Cela tient peut-être au mélange de collagène, d'œuf et d'huile de lin qu'il utilise pour éviter les solvants toxiques. Hans Verhaegen se contente d'une bande de mur qui échappe presque au regard pour y déployer sa frise géométrique et colorée.

 

Anatomy of an Obsession
Schönfeld Gallery
Rivoli Building
690 chaussée de Waterloo 
1180 Bruxelles
Jusqu'au 26 février 
Du jeudi au samedi de 13h à 18h
www.schonfeldgallery.com

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

Newsletter
S'inscrire

Pour rester au courant de notre actualité,
inscrivez-vous à notre newsletter !

Soutenir mu in the city
Faire un don

Faites un don pour soutenir notre magazine !