Roby Comblain grave grave

Muriel de Crayencour
04 avril 2019

Roby Comblain grave depuis longtemps et expose partout, bien que très rarement à Bruxelles où il vit. Le voici pour la première fois au Salon d'Art, avec Face cachée, jusqu'au 11 mai. 

Dans son atelier qu'il vient de déménager, une immense presse à manivelle manuelle. Comblain grave tout ce qui lui passe sous la main et tout ce qui l'enchante : papiers chiffonnés, plaques de bois, linos, tout y passe. On l'a vu graver à partir de linos, dans des couleurs vives, rouge et bleu vifs, jaune, de fins papiers qu'il chiffonnait ensuite pour les repasser dans la presse. En sortait un objet tridimensionnel, sculpture de papier, légère et volumineuse. Il fit la même chose en ne gardant que le noir. Ses objets devenaient roches fragiles, il les installait avec facétie, en tas ou isolés, dans l'herbe d'un jardin. On l'a vu aussi graver quelques plaques de bois simplement griffées, pour réaliser une image abstraite et vive, d'une belle austérité et d'une grande pureté. Anciennement scénographe, formé à La Cambre, Comblain travaille dans son atelier de gravure depuis 1999. S'il grave sans discontinuer, il n'a jamais cherché intensément où exposer, tout enfoncé qu'il est dans cette fascination du flot de formes, matières et surprises qui sortent de sa presse. Une ascèse.

Aujourd'hui, pour l'exposition au Salon d'Art, il déploie un travail entièrement nouveau, à partir d'une série de radiographies aux rayons X de la Guilde des Drapiers de Rembrandt. Cette mosaïque de grisés laissant apparaître quelques visages, il l'a trouvée sur Internet. Il s'en sert comme canevas de départ pour décliner une série de xylogravures abstraites, obtenues en passant dans la presse de simples plaques de bois, avec plus ou moins d'encre. Lui qui aime tant révéler l'image, le voilà dans une mise en abyme de ce processus de révélation. Toujours en utilisant la gravure et sa presse infernale qui lui révèle les mille et une facettes d'une image, l'artiste choisit de révéler l'univers souterrain, radiographié, d'une toile d'un grand maître de l'histoire de l'art. Que ce soit dans de petits formats ou pour la grande œuvre qui forme comme un décor de théâtre, au fond de la galerie, avec une succession de noirs plus ou moins passés ou fanés, il offre à notre regard ce qu'il a vu dans la radiographie du Rembrandt : des textures, des lignes, des froissements, des zones blanches, comme altérées. Il tente de reprendre à son compte la matière exquise, sèche, tramée. La trame du bois, les nœuds, la taille des plaques, l'encre et comment elle est posée, voilà ses simples manières, presque frustes. Y voir une recherche profonde, intense, obsessionnelle, sur ce qu'est un motif, une trace sur une feuille de papier. A voir.

 

Roby Comblain
Le Salon d’Art
81 rue Hôtel des Monnaies
1060 Bruxelles
Jusqu’au 11 mai
Du mardi au vendredi de 14h à 18h30
Samedi de 9h30 à 12h et de 14h à 18h

lesalondart.skynetblogs.be

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.