Le réel selon Ruud van Empel

Manon Paulus
27 juin 2020

Au Hangar Photo Art center, la rétrospective consacrée à Ruud Van Empel présente 25 années de travail artistique. Photographies ou peintures ? Ses images laissent en tout cas pantois.

L’artiste explore depuis deux décennies les possibilités qu’offre la photographie combinée aux logiciels numériques de photomontage. Le résultat : un monde parfait, intense, hyper-lissé, qui brouille les frontières entre le rêve et la réalité. Bien entendu, la photographie, même documentaire, a toujours relevé d’un processus de production du réel ; néanmoins les collages de l’artiste entretiennent une confusion malaisante. Si la multiplication infernale des images rend ambigu notre rapport au monde, si la carte menace bel et bien de remplacer le territoire, le travail de Ruud Van Empel se tient alors comme révélateur des manipulations photographiques qui imprègnent le quotidien. L’exposition invite le spectateur à développer un regard critique face à l’afflux de stimuli visuels continuellement perçus, pour éviter de glisser vers l’hyperréalité déjà décriée par Baudrillard.

Les collages sont ainsi la reconstitution d’un univers mental qui n’existe que dans l’esprit de l’artiste. Chaque élément est photographié séparément et assemblé sur le logiciel. Les personnages sont créés de toutes pièces puisque plusieurs modèles servent à la constitution d’un nouveau visage. Pour Ruud van Empel, la nature est belle mais elle nécessite une relecture, un travail. Il prolonge ainsi les liens hérités de la peinture mais également des premiers photomontages. Ses images sondent par ailleurs la limite floue du beau et du laid. Les Still life magnifient le dégoutant, le repoussant tandis que les tableaux de nature en deviennent écœurants car trop parfaits.

Les thèmes de l’enfance et de l’innocence sont également centraux, mais toujours dans cette ambivalence propre à l’artiste. Les enfants sont beaux, lisses, mais en même temps bizarres : la perfection n’est pas de ce monde. Représentés dans une nature luxuriante mais figés dans leurs costumes du dimanche, ces personnages investiguent aussi les rapports entre nature et culture. Collectionneur d’images, Van Empel utilise ses archives comme matériau de base pour ses collages. C’est surtout de sa jeunesse que l’artiste puise son inspiration : les photographies prises par son père, les objets de son enfance, etc. Tandis que la série World montre la difficulté de représenter l’Autre sans tomber dans l’assimilation ou le stéréotype, Ruud van Empel évite le piège en travaillant à partir de ses propres souvenirs, formulant finalement l’idée que l’on ne conçoit le monde qu’à partir de soi-même.

Ruud van Empel
25 years of photo works
Hangar Photo Art Center
18 place du Châtelain
1050 Ixelles
Jusqu'au 18 juillet
Du mardi au samedi, de 12h à 18h
https://www.hangar.art/

Manon Paulus

Journaliste

Formée à l’anthropologie à l’Université libre de Bruxelles, elle s’intéresse à l’humain. L’aborder via l’art alimente sa propre compréhension. Elle aime particulièrement écrire sur les convergences que ces deux disciplines peuvent entretenir.