Une passion pour les intérieurs d'église

Maria Vittoria Martino
04 juillet 2020

Au Musée de Flandre, à Cassel, jusqu’au 30 août, s'expose l’histoire des églises et de leur architecture. Sacrée Architecture est le titre choisi pour cette exposition qui présente plus de cinquante tableaux d'intérieurs d’église, peints entre 1580 et 1700.


Cet événement n’est pas seulement un intéressant document historique, c’est aussi l’aboutissement d’une passion de toute une vie. C’est l’histoire d’un homme qui, à la fin des années 1970, passant devant la Galerie Greens à Londres, fut captivé par un tout petit tableau mis en valeur dans la vitrine. Ce tableau représente l’intérieur de la cathédrale d’Anvers (ou un endroit inspiré de cette dernière) peinte par Pieter Neefs I. Ce tableau, tout petit mais en même temps si riche, attire de manière quasi hypnotique notre collectionneur, si bien qu’il ne peut pas s’empêcher d’entrer dans la galerie et d’acheter son premier coup de cœur. Depuis ce jour, cet homme (qui souhaite rester anonyme) reste complètement sous le charme de ce genre de tableaux et collectionne déjà plus de cinquante peintures qui parcourent plus d’un siècle d’histoire. On sait que notre collectionneur, quand il était jeune, rêvait de devenir architecte. Cette passion s'expliquerait-elle par une manière de compenser une éventuelle vocation ?

Cette collection parcourt plus d’un siècle d’histoire, un siècle important, celui de la crise qui oppose protestants et catholiques et la scission définitive de deux Eglises. Au fil de l'expo, on se rend bien compte du passage du faste catholique à la sobriété protestante qui se décline dans la naissance de deux écoles artistiques : l’école flamande et l’école hollandaise. Ce genre pictural naît aux Pays-Bas du Sud, à Anvers, quelques années après 1566, année où l’iconoclasme mené par les protestants frappe les Flandres. Malgré les effets dramatiques de cette furie iconoclaste, les peintres catholiques décident de ne pas représenter les destructions mais, au contraire, de sublimer l’espace sacré.

La génération perdue - c’est ainsi qu’on appelait les catholiques qui avaient subi la furie iconoclaste - avait besoin d’être catéchisée et encouragée à cette foi qui vivait un moment particulièrement difficile. A travers les tableaux de l’école flamande, on voit les églises comme des lieux de vie où hommes, femmes, enfants, clochards et animaux sont les bienvenus. Si les peintres flamands aimaient représenter des lieux pleins de personnes et de vie, les peintres hollandais, protestants, refusent toute représentation du divin. L’ambiance créée par les peintres hollandais est plus austère et les églises se distinguent par leur vide et leur dépouillement. Un sujet dans ces tableaux est récurrent : celui d’un fossoyeur, immortalisé en plein travail. Cette figure, avec un crâne ou des ossements, eux aussi souvent représentés, était une manière de montrer aux fidèles que tout est vanité. Un autre sujet récurrent concerne des ouvriers au travail. En effet, le passage au culte protestant rendait souvent nécessaire un réaménagement des églises.

Malgré les nombreuses différences, les deux écoles ont aussi plusieurs points communs, et de taille. Dans tous les tableaux exposés, on remarque une forte attention à l’architecture, toujours très soignée. L’architecture gothique est la préférée de ces artistes. L’autre aspect qui rapproche les artistes flamands et hollandais est leur goût prononcé pour la perspective. Les maîtres de cette technique sont surtout les artistes hollandais de l’école de Delft.

Même si les églises représentées sont, pour la plupart, imaginaires ou juste inspirées d’édifices réels, en visitant cette exposition, on a l’impression de s'immerger dans le passé et de faire un voyage d'un peu plus d'un siècle dans l’histoire. Le Musée de Flandre, qui se distingue par sa capacité à mettre en valeur les créations artistiques flamandes au-delà des frontières, est le lieu parfait pour accueillir cette exposition.

Sacrée architecture ! La passion d'un collectionneur
Musée de Flandre
Cassel
France
Jusqu'au 30 août
Réservation obligatoire au + 33 3 59 73 45 59 
https://museedeflandre.fr/

Maria Vittoria Martino

Journaliste

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