Évocation du temps qui passe a La Forest Divonne

Caroline Roure
02 juillet 2021

La galerie La Forest Divonne signe l’exposition Panta Rhei de Samuel Yal, un artiste sculpteur qui a fait de la céramique son matériau de prédilection. Panta Rhei signifie que toutes les choses coulent, que tout passe. Une formule utilisée pour la première fois par Héraclite. Dans le travail de Samuel Yal, cette idée d’écoulement apparaît à la fois dans les effets de superposition de matières qu’il crée et dans l’évocation du temps qui passe. Une exposition à voir jusqu’au 17 juillet.

L’exposition s’ouvre sur une série d’épées en céramique blanche suspendues au plafond. Une certaine dualité s’exprime à travers cette œuvre. Les épées habituellement lourdes flottent dans l’air avec légèreté. Cette installation fait référence à l’épée de Damoclès et suggère qu’un danger constant nous guette. En lien avec l’incertitude de notre époque, ces épées induisent que tout peut arriver à tout moment et expriment l’instabilité du monde dans lequel nous vivons. Paradoxalement, l’œuvre évoque aussi le jugement de Salomon, qui marque une période de paix et d’abondance en Israël.

Dans un mouvement contraire à celui des glaives suspendus, de grands cyprès noirs en grès émaillé s’élancent vers le plafond et forment une forêt dans l’espace d’exposition. Ces Cyprès, qui peuvent faire penser à des flammes, à des grottes et même à des coulées de lave, sont composés d’une multitude de visages. Ceux-ci évoquent l’idée de la mémoire collective, des souvenirs. Le cyprès est aussi la figure allégorique du désespoir, en ce qu’il est l’arbre des morts, des cimetières. L’œuvre de Samuel Yal inspire la mélancolie.

De magnifiques visages en céramique, réalisés avec une superposition de couches d’émail et de verre, sont aussi présents. Les cavités de ces têtes sont visibles et donnent à voir des paysages composés à partir d’un assemblage de petites têtes, formant une mise en abîme. Yal montre que l’intérieur de l’être humain n’est que le reflet du monde extérieur. Il évoque ainsi l’idée platonicienne selon laquelle dans l’univers, le macrocosme, correspond à une infinité de modèles réduits, les microcosmes.  

D’abord formé à l’animation et à la création graphique à l’École Nationale des Arts appliqués et de l’Image de Chambéry, il réalise Nœvus en 2016, un court-métrage expérimental autour d’une poupée en porcelaine animée, réalisé avec la technique du stop-motion. Ce film de huit minutes a reçu plusieurs prix et a notamment été sélectionné pour le César du meilleur court-métrage d’animation.

En 2018, lors de l’exposition Melancholia à la Villa Empain, il avait présenté Dissolution, un ensemble de fragments de visages en céramique, suspendus dans l’air et formant une constellation. L’automne prochain, son œuvre Prologue ouvrira l’exposition Aux Frontières de l’Humain au Musée de l’Homme, à Paris.

L’exposition Panta Rhei exprime la grande érudition de Samuel Yal. Les références à la mythologie et à la philosophie se mêlent à une parfaite maîtrise de la céramique pour enrichir le travail de cet artiste et lui donner une saisissante beauté. À ne pas manquer ! 

Panta Rhei
Galerie La Forest Divonne
66 rue de l’Hôtel des Monnaies
Jusqu’au 17 juillet
Du mardi au samedi de 11h à 19h
https://www.galerielaforestdivonne.com

Caroline Roure

Journaliste