Comment Sanam Khatibi nous réveille

Muriel de Crayencour
07 janvier 2021

Pour sa troisième exposition solo chez Rodolphe Janssen, Sanam Khatibi présente Cyanide, une suite de 21 vanités miniatures, dans la tradition de la peinture de l’âge d’or flamand.

Au centre de la galerie, dans une vitrine, des petits objets appartenant à l’artiste : vases en céramique craquelée, perle d’ivoire en forme de crâne, coquillages… formant un ensemble dans l’esprit des cabinets de curiosités. Ces objets se retrouvent dans les 22 peintures miniatures qui courent le long des murs de la galerie.

Sur chacune d’elles, au centre, un vase, parfois garni de fleurs, parfois vide. Autour, quelques objets, un crâne, un morceau de corail, un fruit, un insecte... Sur le mode des vanités, thème récurrent dans l’histoire de l’art, l’artiste d’origine iranienne semble s’approprier et se baigner dans l’atmosphère doucereuse de l’art européen. Reflets de l’émail sur la porcelaine, transparence des pétales, nacre d’un coquillage, suavité d’un melon tranché : sous son pinceau, les objets se dévoilent dans une belle précision, un savoir-faire, une minutie précieuse. Chaque élément forme avec les autres un collage mystérieux dont les codes nous rappellent ceux de la vanité classique, racontant que tout en ce monde est vain et que nous sommes mortels, quand bien même les choses immobiles comme cette conque de nacre ou ce petit vase en émaux cloisonnés seront encore posés là quand nous serons morts. De la joliesse de la représentation émane un parfum intense, étrange et pénétrant. Ne vous laissez pas prendre par le charme de ses images, elles vous envoûtent. Plus vous les regardez, plus votre cœur se serre. Nous sommes si fragiles, nous raconte Khatibi (1979, Iran). Se faisant, elle traduit notre sentiment et nos sensations au fil des mois de pandémie. Que faire de cette fragilité ?

La réponse réside peut-être dans les deux grands formats à l’arrière de la galerie : Deadly Nightshade et Venom from the Ruby of their lips : on y retrouve les personnages presque flous de l’artiste, dans des paysages figés, comme la scène d’un film arrêté. Là, on retrouve les contes de la tradition orientale. L’artiste nous le dit : il faut aujourd’hui se raconter de nouvelles histoires, inspirées du passé, pour sortir du grand sommeil. Une option pour se projeter dans le monde d’après. Qui serait rempli d’histoires belles et douces. A voir.

Sanam Khatibi
Cyanide
Rodolphe Janssen Gallery

35 rue de Livourne 
1050 Bruxelles 
Jusqu'au 30 janvier
Du mardi au vendredi de 10h à 18h, samedi de 14h à 18h
http://www.rodolphejanssen.com/ 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.