Sautillante Poppositions

Muriel de Crayencour
25 avril 2019

Accueillie cette année au Centre Tour à Plomb, au centre-ville, nouveau lieu multifonction remarquablement restauré, Poppositions déploie une édition plus petite que les précédentes mais d'une belle fraîcheur.

Seulement 25 galeries ou artist-run spaces à Poppositions 2019. Mais les différents stands sont pour la plupart chargés d'un bel humour et d'un regard clair et sans concession sur l'art d'aujourd'hui. Démarrons avec The Self Luminous Society, un collectif qui vous propose, valisettes à la main, la première galerie portative et qui n'a rien à vendre. Dans une des valises, vous pouvez choisir une idée à emporter. Dans une autre, vous pouvez sélectionner d'autres idées mises en forme et à vendre. Le tout sur un ton parfaitement délirant avec, entre autres, David Bernstein, qui présentait l'an passé une voiture transformée en sauna dans laquelle il vous invitait à vous glisser.

Au rez-de-chaussée, belle série de masques en bois sculpté et peint de Mauricio Limon (Mexico City, 1979), chez Wildpalms (Düsseldorf). L'artiste utilise le masque pour représenter des politiciens dont il se moque. La satire continue avec une vidéo dans laquelle un comédien, portant chacun des douze masques à la suite, soliloque un discours creux, les mains en mouvement pour accompagner le propos. Chez Archiraar, belle série de collages de Camille Leherpeur. Dont un grand format où il s'amuse à mettre en image le monde de l'art contemporain avec des visuels de l'histoire de l'art. On y voit la galerie, les stars, ceux qui n'ont pas accès à ce petit monde cruel.

Petites perles de dessins, de Sinéad Spelman (Dublin, 1978), chez etHall, une galerie de Barcelone. Le corps est au centre de sa pratique. Et la féminité. Une forme récurrente dans ses propositions, le tube plié en deux. Elle réalise alors cette forme en céramique et la présente avec ses dessins. Penchez-vous aussi sur les deux books, vous y trouverez d'autres petites merveilles.

Belle installation de Solanne Bernard (Paris, 1991) chez L.E.M.O.W. Ses sculptures très organiques  mêlent structures en acier et ballon gonflable (Bloated), ou céramique et cheveux (When All Urges Have Been Suspended).

Chez Vitrine Gallery (Londres), les sculptures de Jamie Fitzpatrick (Southport, Angleterre, 1985) sont des amalgames de plusieurs matériaux, plâtre, cire, feuille d'or... Ses figures sont des caricatures de héros ou personnages importants de l'histoire. Il mélange bustes néoclassique et moulages de sculptures du début XXe siècle. Fitzpatrick malaxe, triture, déforme et caricature, ça grince, c'est drôle et tragique à la fois.

La Broodthaers Society of America est fière d'exposer pour la première fois à Bruxelles. Fan de Marcel Broodthaers, elle s'attache à diffuser ses idées aux Etats-Unis. Alice Sparkly Kat est astrologue à New York City. Et devient artiste, conseillée par le créateur de la Broodthaers Society. Elle utilise les graphiques qui lui servent pour faire les portraits astrologiques des gens qui viennent la consulter, les rehausse de couleurs et les présente ici. Elle vous recevra aussi en consultation samedi et dimanche à 15 h. N'est-ce pas merveilleux ?

Manœuvre Kunstplek vzw est un artist-run space créé à Gand par Grace Ndiritu (Kenya/Angleterre). Leur stand à Poppositions présente des tee-shirts sur lesquels sont imprimés des phrases d'artistes. A acquérir sur place. A Poppositions 2019, on s'amuse, on rit, on réfléchit. Une belle édition, intelligente, pointue - comme toujours - et pétillante. A ne pas manquer.

Poppositions 
Centre Tour à Plomb
20-26 rue de l'Abattoir
1000 Bruxelles
Jusqu'au dimanche 28 avril
Jeudi de 13h à 20h
Vendredi de 13h à 21h
Samedi de 13h à 20h
Dimanche de 13h à 18h
https://poppositions.com/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.