Sébastien Bonin, la disparition du sujet

Gilles Bechet
20 juin 2020

Le peintre bruxellois Sébastien Bonin expose au Botanique ses deux dernières années de production, puisant dans l’histoire de l’art des outils et des références pour évoquer le monde qui nous entoure.

Sur un des tableaux de Sébastien Bonin, on peut lire, inscrit au pochoir comme un avertissement, "La recette est disponible à l’arrière de la toile". Si l’artiste donne à la postérité sa fameuse recette de spaghetti à la tomate, il est une recette qui le hante encore, celle de la peinture. Quelques années plus tôt, Bonin s’était fait connaître par des photogrammes, des compositions abstraites où il jouait directement avec la lumière et les couleurs.
En quittant le formel, il s’est jeté à pinceaux perdus dans l’histoire de l’art et de la littérature pour en faire entrer les codes et les objets dans sa peinture. C’est avec une certaine candeur et beaucoup d’envie qu’il aborde ce travail exploratoire. Peindre, oui, mais quoi ? A ces questions, il répond avec une mise à distance des cadres de la peinture classique et avec aussi une pointe de dérision. Ainsi, quand il peint un alignement de flacons, bouteilles et autres contenants colorés empruntés à Morandi, Bonnard ou Matisse, il décide de placer son tableau verticalement, histoire de libérer les couleurs en cassant un trop grand mimétisme formel avec le réel. Quand au titre "Qui trompe-t-on ici ?", il l’emprunte à un article virulent de Paul Gauguin contre la critique d’art.


Un vaste terrain, de jeu

Dans son jeu de mise à distance de la peinture, Bonin revendique l’ébauche pour mieux dévoiler le processus de fabrication de l’image. Il se permet de dévoiler ce que d’habitude on cache : les traits de construction d’une typo ou un fond badigeonné au gesso avec lequel on couvre la toile avant de peindre.
L’Histoire de l’art et de la littérature du XXe siècle offre un vaste terrain de jeu dans lequel l’artiste puise et compose sans sortir de son atelier. Pourquoi se préoccuper du sujet quand l’essentiel est ailleurs... dans l’acte de peindre.
La genèse de la toile intitulée Cosmos est à chercher dans l’ouvrage du même nom de Michel Onfray, auquel il voulait rendre hommage. A la lecture du livre, il a la vision d’une danse du serpent qu’il peint sur sa toile. Peu convaincu du résultat, il le couvre d’un blanc dense et neigeux tout en conservant le titre original.


Une histoire alternative

Dans sa recherche sur le sens à donner à sa peinture, Sébastien Bonin joue beaucoup sur l’apparition/disparition, sur des images masquées, comme ces photocopies qu’il colle à la toile pour ensuite les recouvrir du blanc translucide d’une couche de peinture. On voit aussi surgir du grand magma de l’histoire de l’art des éléments de toiles fameuses, à peine esquissées au crayon, comme une chaise de Van Gogh, Le déjeuner sur l’herbe ou le logo d’une marque de cigarette dans Saint Michel tuant le dragon. Dans tout ce jeu de compositions évanescentes émergent des allusions à notre monde contemporain tel qu’il va.

Sébastien Bonin se sert aussi de sa peinture pour réinventer l’histoire de l’art en imaginant des affiches et des couvertures de livres, où il invite Georg Baselitz, Martial Raysse ou Ellsworth Kelly. Une histoire alternative où Philippe Vandenberg expose à la Dokumenta IX et où l’artiste contemporaine Bracha Ettinger fait une interview de Berthe Morisot dans une station-service au fin fond du Michigan.
Sébastien Bonin n’a peut-être pas encore trouvé la recette, mais il s’est déjà mis à table.

Sébastien Bonin
Documenti
Botanique
236 rue Royale
1210 Bruxelles
Jusqu’au 19 juillet
Du mercredi au dimanche de 12h à 20h
www.botanique.be

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.