Séchas ou le charme félin de la bourgeoisie

Véronique Godé
06 mars 2020

Quoi de mieux qu’une exposition inédite d’Alain Séchas à la MABA, à Nogent-sur-Marne, pour prendre un peu de distance avec l’accélération du siècle… pour se confronter, par la grâce d’un chat anthropomorphe, au charme désuet d’une bourgeoisie oisive et dépassée ? L’exposition Ô Saisons, ô Chats ! réalisée avec le concours de la Galerie Laurent Godin est à voir jusqu’au 5 avril.

Mais à quoi tient cette insoutenable légèreté enviée d’une bourgeoisie décomplexée, mimée par les félins domestiqués d’Alain Séchas ? Elégantes silhouettes longilignes – cigarette fumante, bassin en avant, raquette de tennis ou verre à la main, poignet relâché –, ses chats affichent les postures privilégiées de l’aisance en vacance, et d’un temps immuable qui s’étire, comme en ces bords de Marne où il semble s’être alangui sur les rives du fleuve, face aux demeures cossues de l’île de Beauté.

On ne pouvait trouver plus bel écrin que ce château Smith-Champion désignant autrefois une demeure de plaisance du XVIIe siècle et son parc, où en 2006, la Fondation des artistes regroupait en ses murs, un centre d’art – invitant pour ses trois expositions annuelles plasticiens, vidéastes et graphistes – une maison de retraite et un ensemble d’ateliers. Or, ici, les chats d’Alain Séchas n’ont guère l’air d’invités : en short décontractés ou en tenues printanières aux tons pastel acidulés, ils peuplent la demeure, du rez-de-chaussée à l’étage, comme s’ils l’avaient toujours habitée. Une quinzaine de grands tableaux (parmi une trentaine d’œuvres au total) fonctionnent comme autant de miroirs à l’ironie sans malice, reflétant le regard félin à la fois traversant et ahuri de l’antihéros, solitaire, en couple ou en bonne compagnie – un tantinet dépassé par notre contemporanéité.

Dans le cadre d’un partenariat avec Arts Hebdo Medias, un site français d’information dédié à l’art contemporain, nous vous proposons de lire la suite de cet article  sur www.artshebdomedias.com

Véronique Godé