Seize, un nœud dans les étoiles

Gilles Bechet
25 février 2021

Revoilà Seize à la Marc Minjauw Gallery, un artiste parisien issu du street art, qui développe un univers graphique très cohérent inscrit dans la déjà longue tradition de l'abstraction géométrique.

Son univers est fait de cercles, droites, points de contact, lignes, angles et courbes. On peut y voir un réseau de connections neuronales, un circuit imprimé ou peut-être le plan d'un métro mental. Dans cet univers mécaniste et mobile, de glissements et de translations, l'œil ne reste pas en place, il se déplace d'un point à l'autre transporté par le langage des couleurs.

Des artistes venus du street art passent régulièrement en galerie. Sans rien changer à son approche picturale, Seize est tout aussi à l'aise dans le cadre d'une toile que sur le mur d'une ville. Son univers de signes et de lignes s'inscrit sans peine dans la filiation d'artistes de l'abstraction géométrique, en lointain cousin d'un Victor Servranckx ou de Jean Dewasne qu'il cite dans le titre d'une de ses compos. De la rue, il ramène un sens de l'immédiateté, de la concision du trait et des couleurs sans mélange, comme juste sorties de la bombe. Conducteur de bus à la RATP, dans une autre vie, il a peut-être gardé de ses trajets urbains le langage codé des signalétiques de chantier destinées à canaliser les incessants flots de véhicules et de passants qui traversent ses artères. Posées en aplat sans dégradé, les couleurs donnent les clés de la perspective aux lignes et figures. Ce qui est intéressant chez lui, c'est qu'au-delà de la précision clinique de sa touche de pinceau, on sent dans le trait noir qui cerne ces formes la vibration imperceptible de la main.

Ses toiles peuvent se répartir entre des compositions diurnes, où les réseaux de couleurs primaires tracent leur voie sur un fond blanc, et, déployées sur des fonds bleus, ses compositions nocturnes, qui irradient comme un mandala spatial et une invitation aux voyages stellaires intérieurs. Le titre de nombre de ses œuvres renvoie d'ailleurs à des noms d'étoiles et de constellations.
Surnommé Happy Wallmaker par des artistes qu'il avait côtoyés dans un projet urbain aux Pays-Bas, Seize crée une peinture immédiate qui agit sur la rétine et l'esprit. Il a assurément trouvé son système mais il n'en est pas prisonnier. Les plans qu'il dessine laissent à chacun le soin de décider où ils mènent.

Seize
Konstellation
Marc Minjauw Gallery
68 place du Jeu de Balle
1000 Bruxelles
Jusqu’au 7 mars
Du mercredi au dimanche de 10h30 à 18h
www.mmgallery.be

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.