Sept galeries

Muriel de Crayencour
21 janvier 2014

Sombres portraits

Il n’est pas sage, Camille De Taeye (1938), quand il présente ses autoportraits. " Je n’ai jamais eu peur de me montrer comme je suis. J’ai toujours pris mes décisions par rapport à la société et à ma relation à la société.", écrit-il dans l’ouvrage édité à l’occasion de son exposition à la galerie B. Son regard sans pitié sur lui-même, il l’exprime à la mine de plomb et de charbon, hachurant la feuille blanche de traits rageurs et de grandes ombres qui lui mangent la moitié du visage. Parfois, un couteau flotte au-dessous de sa tête, quand ce n’est pas un verre vide. Camille De Taeye ne pardonne rien à la vie, qui ne l’a pas épargné. On frémit d’émotion en  contemplant les yeux du peintre sur lui-même.

 

Camille De Taeye
Espace B
Glabais


Coupures de presse

André Stas (1949) fait partie du dernier groupe des surréalistes belges, avec Marcel Mariën. Collagiste fou, il glane, cueille, découpe des mots et des morceaux d’images dans les journaux et magazines les plus improbables. Il en rehausse des gravures anciennes, des photos, des livres. Voyez-y sa version sarcastique et pataphysicienne de l’absurdité du monde. On rit, on pleure, on grince des dents en découvrant les doubles sens et autres culs de sacs mis à jour par ses collages. Ca décoiffe, ça explose, c’est délicieusement sarcastique. Sans oublier l’aspect graphiquement élégant de tout cela. Dites oui, les yeux fermés ! Pour accompagner ce bel accrochage, quelques sculptures de Martine Seguy, Joël Gaillard et Wim Taciturn.

 

 

Galerie 100 Titres
Bruxelles


Fratrie

Dans cette petite galerie qui mène sa propre vie loin des contraintes de la mode et du marché, allez découvrir les œuvres d’un frère et d’une sœur. L’un, Philippe Brodzki, est un sculpteur qui traque le sens de l’identité de soi dans chacun des bustes et visages qu’il façonne dans la glaise puis émaille de couleurs sublimes et japonisantes. L’autre, Laura Brodzki, trace un chemin profond dans les méandres de ses pensées intimes en peignant de grandes toiles où tons sourds et matières s’harmonisent. Tous deux oeuvrent à creuser ce qu’est l’acte de créer. Sans esbrouffe.

 

 

Laura et Philippe Brodzki
Framing
Bruxelles


Un architecte

Pierre Lamby (1932-2012) est un peintre et architecte dont l’œuvre peinte, née dans le silence et la discrétion, est peu connue. Ce sont des toiles de la deuxième moitié des années 50 jusqu’en 1964, moment où Lamby cesse de peindre, qui sont montrées à la galerie Braam. Sa peinture, abstraite, s’incruste dans son époque de production mais s’en échappe aussi, tant on sent le geste de l’architecte dans la construction et l’occupation de l’espace dans chacune des toiles.

 

 

Pierre Lamby
Galerie Jean Philippe Braam
Bruxelles


Mine de plomb



Aujourd’hui, les délicatesses dessinées d’Anne Marie Finné (1962) s’offre à voir en découpages arachnéens flottant dans l’espace. C’est la suite logique de la recherche que cette artiste effectue. Du dessin sur papier, trace de ses observations botanistes, en passant par le trait sur d’épais papiers calques, présentés épinglés sur le mur, un petit peu d’air passant entre celui-ci et le calque… voici donc les entrelacs subtils et délicats détachés de la page, mis en totale liberté. Le papier calque a été patiemment découpé, détouré, puis accroché au milieu de l’espace, donnant à voir sa presque indécence légèreté. Ne reste que le trait.

 

 

Anne Marie Finné
Maison des Arts de Schaerbeek
Schaerbeek


Vues tranquilles

Dans cette petite galerie tenue par Philippe Marchal, qui prévaut aussi à la destinée du Salon du Livre d’artistes en juin à Tour & Taxis, Miguel Ayllon présente ses toiles mêlant goût de l’abstrait et envie de travailler sur des paysages naturels ou urbains. En résulte des roches et des toits traités au couteau, dans une atmosphère de grande sérénité. On sent le plaisir de peindre et de manier la matière.

 

 

Miguel Ayllon
Cabinet Artistique Libre Choix
Bruxelles


Il a bon dos

Première galerie à avoir présenté des artistes chinois à Bruxelles, Feizi, pilotée par Irène Laub, propose une programmation qui reste parfois un peu aride. Est-ce le choc de deux sociétés si étrangères l’une à l’autre ? Aujourd’hui, à voir, le plasticien et performeur Qin Ga (1971). Figure controversée de la scène artistique underground de Pékin dans les années 90, Qin Ga s'est fait tatouer sur le dos, en 2002, une carte de la Chine. A chaque étape de son périple reprenant l’itinéraire de la Longue Marche de Mao et ses troupes en 1934 et 36, il s’est fait ajouter le nom de la ville de passage. Ses œuvres, sous forme de photos et vidéos, établissent une relation entre le corps individuel et le corps collectif, et rompent avec la perception traditionnelle de l’individu dans la société chinoise.

 

 

Qin Ga: Cheap body
Galerie Feizi
Bruxelles


Paru en mars 2013 dans L'Echo

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.