Stefanie Gutheil et Christophe Doucet, féroces et joyeux

Muriel de Crayencour
14 novembre 2019

Sébastien Janssen revient une nouvelle fois avec un duo surprenant, Stefanie Gutheil, une peintre allemande, et Christophe Doucet, un sculpteur français. Dans le grand cube blanc de la galerie Sorry We're Closed, des toiles immenses, des monstres, des masques et des totems, comme une jungle sauvage et joyeuse.

Stefanie Gutheil (1980, Ravensburg, vit à Berlin) peint d'immenses toiles sur lesquelles une faune bigarrée de monstres se promène. L'artiste nous invite à nous défaire de nos habits conventionnels, à ôter notre uniformité, pour retrouver la part monstrueuse et féroce en nous. Cette jeune artiste remet ainsi en question les conventions sociales ou de genre. Nous pouvons être ce que nous voulons. Dans une palette vive, riche, elle déploie sur la toile ses personnages multiformes, monstres, formes molles, arc-en-ciel, montagnes... sur un grand diptyque, un grand arbre dans les tons de vert se dresse au milieu, faisant le lien entre les deux toiles. Sur ses branches qui se déploient de chaque côté, un monstre rose orange, avachi, la tête suspendue dans le vide, nous regarde de ses yeux ronds. L'étrangeté, l'ambiguïté sont des pays que Gutheil visite avec jubilation. Elle n'hésite pas à explorer les parts intimes et sombres de ses émotions. Mais aussi des têtes sans tronc, des totems, qui rejoignent ceux de Christophe Doucet.

Christophe Doucet (1960, vit dans Les Landes, en Gascogne), a étudié les beaux-arts à Bordeaux. Devenu forestier pour gagner sa vie, il trouve dans les bois son inspiration et la matière de ses sculptures. Il sculpte sur bois, puis rehausse ses œuvres par la couleur. Masques et totems viennent du fond de la forêt mais aussi du fond des âges et des traditions populaires autour du carnaval. Aujourd'hui, de nombreux artistes travaillent autour du masque. On pense à Stephan Glodrajch, Eric Croes, Mircea Cantor... Ils se sont tous dévêtus du costume étriqué de l'art conceptuel pour retrouver des formes brutes, travaillées à la main, directement, souvent inspirées de la culture populaire. Doucet installe ses totems dans la forêt, et c'est magnifique ! Dans la galerie, on peut s'emparer des masques et les mettre devant notre visage. Ainsi cachés, nous pouvons tous être ce que nous voulons... un loup, un renard, un ours. Doucet nous invite à retrouver notre part sauvage, joyeuse et féroce. 

Sorry We're Closed continue de nous régaler avec des associations d'artistes justes et parlantes. Celle-ci l'est particulièrement. Courez-y, sans masque et sans peur !

Stefanie Gutheil
Christophe Doucet
Don't Look At Me
Sorry We’re Closed
67 rue de la Régence
1000 Bruxelles
Jusqu’au 21 décembre
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
http://www.sorrywereclosed.com/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.