Les fantômes de Stephan Balleux

Gilles Bechet
03 septembre 2019

Stephan Balleux est un virtuose de la peinture et un explorateur de l’image, incapable de proposer deux fois la même exposition. Dans l’agencement labyrinthique de LaVallée, il dissémine ses travaux les plus récents en un parcours fluide et fascinant sur l’impermanence.

Il y a beaucoup de monde sur les murs à la nouvelle exposition de Stephan Balleux. On peut y voir une galerie de portraits de tailles et de techniques très différentes. Des petites aquarelles à l’aérographe à un triptyque monumental ou une anamorphose peinte à même le mur. Ce ne sont pas simplement des portraits mais plutôt des incarnations de personnalités présentes dans les médias ou de l’artiste lui-même dans un double autoportrait.

Présence

La touche et le rendu parfait, vaporeux dans le cas des aquarelles, leur confère une présence presque immatérielle. Et il est bien question de présence, puisqu’une photo trouvée de paysage, positionnée tête en bas, peut devenir, si on le souhaite, un visage. Les œuvres sont disposées à des endroits choisis sur les murs de l’ancienne blanchisserie industrielle molenbeekoise, créant un parcours qui s’agence comme une promenade médiumnique dans les couloirs cérébraux du peintre.

Ceux qui suivent le travail de cet artiste singulier y reconnaissent une évidente virtuosité en même temps qu’un goût de l’expérimentation et des territoires inconnus. Chez lui, la virtuosité n’est jamais mise en vitrine, ce n’est pas un but en soi mais plutôt un outil pour faire passer des choses au spectateur et instiller un trouble diffus.

Humour

L’exposition réserve ainsi quelques surprises ou diversions sous la forme d’un fascinant moniteur d’une caméra de télésurveillance avec son image fantôme, auquel fait face un ready-made réalisé à partir d’une couverture de travail dont le moucheté du tissu imite à s’y méprendre la neige d’un écran cathodique. L’humour n’est pas absent, comme dans la savoureuse galerie des grands Belges. Il lui suffit d’une petite intervention sur des portraits guindés trouvés dans un vieil ouvrage à la gloire des bâtisseurs de la Belgique naissante pour dévier le regard sur l’Histoire.

Le monumental triptyque en couleur qui clôture l’exposition met en scène un homme politique qui incarne plus que tout autre la logorrhée populiste qui obscurcit l’horizon présent. Tendu sur un ciel aux nuages tourbillonnants, son iconographie religieuse emprunte tant aux paysages hollandais (inspirés par ceux du Brabant wallon) qu’aux planches anatomiques des encyclopédies. Le résultat est impressionnant et quelque peu kitsch, mais on y verra aussi un commentaire ironique sur le narcissisme contemporain en représentant un politicien avide de tweets et de coups d’éclats médiatique sous l'image d'un homme qui disparaît.

Questions

Explorateur de l’image et grand amoureux de la peinture, Stephan Balleux ne voit d’intérêt dans la représentation que si elle pose des questions. Avec une générosité qui n’est pas si fréquente, il tient à partager ses intentions et ses questions avec le public. Rassemblées dans un petit livret, elles accompagnent utilement la visite en attirant l’attention du spectateur sur des petits détails qui pourraient lui avoir échappé au premier regard. Mais avant de l’ouvrir, il nous invite à parcourir l’exposition sans en rien savoir, en se laissant guider par sa propre perception. Les fantômes ne sont pas farouches.

Stephan Balleux
La Poussière des Météores
LaVallée
39 rue Adolphe Lavallée
1080 Bruxelles
Jusqu’au 22 septembre
Du mercredi au vendredi de 14 à 18h, samedi et dimanche de 11 à 18h
www.smart.be

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.