Dis-moi ce que tu installes derrière tes fenêtres

Muriel de Crayencour
15 novembre 2020

Pour un étranger arrivant en Belgique, une des curiosités, sans cesse renouvelée, est cette habitude qu'ont les Belges de disposer des bibelots sur le bord de leurs fenêtres, entre un voilage et l'extérieur. Vases, peluches, affichettes... ces objets, posés là volontairement ou par inadvertance sont autant de messages au monde : oui, la Belgique est le pays du surréalisme et tout est permis quand on désire exposer aux passants ses goûts et ses couleurs. Le photographe Jean-Luc Feixa a arpenté pendant des mois les villes de notre petit royaume (du kitsch, souvent) pour attraper les images des choses étranges posées derrière les fenêtres. Ses clichés sont rassemblés dans un petit recueil tout à fait irrésistible, Strange Things Behing (Belgian) Windows, publié chez Luster.

On y voit trois fois une collection de nains, une autre de silhouettes de petits cyclistes en plastique, de phares, des bouteilles de bière (belges), des livres, des plantes, des pandas en peluche, une boule à facettes, une maison en Lego... une étonnante diversité d'objets aux qualités décoratives parfois discutables, devant un voilage en dentelle ou un store uni. L'ensemble résonne comme un poème surréaliste et attachant. Les fenêtres sont comme les yeux de la maison, ils dévoilent au monde quelques facettes de ce qui se blottit ou se cache derrière les murs. C'est délicieusement tendre, étrange et drôle. Le livre est rythmé par quelques citations en anglais, savoureuses elles aussi. 

Jean-Luc Feixa est un photographe français. Il est arrivé en Belgique en 2013. Après 15 années comme photographe de presse et journaliste, il se consacre aujourd'hui à ses propres projets de création.

Jean-Luc Feixa | Strange Things Behing (Belgian) Windows | Luster Editions | 17 x 12cm | 208 pages | 17,50 €  | 2020 | http://www.lusterweb.com/

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.