Tatiana Wolska cultive la forme

Gilles Bechet
31 mars 2022

La Bruxelloise d'adoption Tatiana Wolska revient en galerie, chez Irène Laub, pour une exposition qui rassemble des dessins et des sculptures, toujours en quête d'une insaisissable forme qui la dépasse. C'est à voir jusqu'au 9 avril.

Que ce soit en dessin ou en sculpture, quel que soit le matériau - le plastique, le bois ou la céramique -, Tatiana Wolska cherche à dompter les formes qui paradent dans son esprit comme d'énigmatiques formes organiques lancées sur la piste d'un cirque intérieur. Ces dernières années, on a vu à multiples reprises le travail de l'artiste polonaise installée en Belgique dans des expositions de groupe, mais c'est son premier retour en galerie depuis 2019.

Aux murs, des dessins, souvent des petits formats extraits de ses carnets dans lesquels elle se livre à une pratique quotidienne. L'écheveau de fines lignes sinueuses tracées côte à côte au crayon ou au Bic noir ou de couleur pour former tantôt une membrane translucide et irisée, tantôt une forme géométrique figée dans une croissance aléatoire. Le travail du Bic est d'une grande finesse, le jeu de pression permet à l'artiste de créer de la transparence ou de l'opacité. Tatiana Wolska se lance dans ses dessins méditatifs et hypnotiques sans savoir où elle va et c'est comme si elle cherchait du bout de son stylo-bille, à retrouver les formes qui flottent dans son inconscient. Elle commence par une petite ligne qu'elle laisse courir sur la feuille, suivie d'une autre ligne, et d'encore une autre, qui vont créer des formes pour finir par se refermer sur elles-mêmes, une fois leur croissance achevée.

Quand elle pratique la sculpture, ce sont les mêmes formes qui reviennent sous ses mains. L'artiste travaille dans son atelier comme dans un laboratoire où elle expérimente avec les formes qu'elle laisse croître et s'hybrider jusqu'au moment où elle sent qu'elle peut les lâcher. Au centre de la galerie est posée une sorte de ruban de Mœbius en bois fait d'une souche de bois mort trouvée dans le bois de Linkebeek et sur laquelle elle a greffé des petits morceaux de bois, poncés, découpés, lissés et assemblés comme un puzzle. Depuis toujours, elle aime travailler avec des matériaux a priori sans noblesse, trouvés dans la rue ou mis au rebut dans les ébénisteries. Une habitude qui lui reste de son enfance polonaise où sa famille avait pris le pli de ne rien jeter et de réinventer une vie à chaque utilisation.

C'est encore pareil pour son étrange sculpture qui évoque une forme mi-végétale, mi-organique, une excroissance bulbeuse lovée comme un gigantesque amas charbonneux. A l'Académie de Saint-Josse, où elle suit des cours de céramique, elle a récupéré les déchets de terre dont les autres étudiants se sont débarrassés, de la terre blanche ou noire que l'artiste a mélangée dans une même forme improbable. Même chose pour les formes en plastique de couleur, réalisées à partir de bouteilles en PVC assemblées et thermo soudées en sculptures de taille parfois impressionnante, comme on a pu en voir à la Villa Carpentier à Renaix, à Art Brussels ou à Londres dans le cadre du projet Sculpture in the city. Elle présente ici une série plus récente de sculptures de plus petite taille où elle laisse entrevoir l'origine de son matériau en préservant le goulot et le bouchon qui forment de malicieuses petites pattes. En vitrine, c'est encore avec le travail d'un autre matériau qu'elle nous surprend. Il s'agit cette fois de clous, des centaines, voire des milliers d'aiguilles d'acier assemblées dans une forme qui semble surgir d'un fond de la terre ou d'une mine comme pour venir réclamer les ressources extraites sans discernement.

ARTIST TALK avec Claire Leblanc, directrice du Musée d'Ixelles, ce jeudi 31 mars à 18h30

Tatiana Wolska
Meta-Morphosis
Irène Laub Gallery
29 rue Van Eyck
1050 Bruxelles
Jusqu’au 9 avril 
Du mardi au samedi de 11h à 18h
www.irenelaubgallery.com

 

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.

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