Tête et cœur chez Jozsa

Muriel de Crayencour
18 juin 2015

Christophe Veys est historien de l’art, enseignant, ex-galeriste et collectionneur. « Cela faisait longtemps que nous discutions d’une exposition en commun », explique Catherine Jozsa. C’est chose faite puisque depuis quelques semaines, une très poétique exposition présente un ensemble d’œuvres de la collection de Christophe Veys et des artistes de la galerie Jozsa. C’est donc un double regard qui est à découvrir, celui d’une galeriste engagée et sélectionnant surtout des artistes qui font entendre leur voix dans le champ politique et social et celui d’un collectionneur qui entre en amour avec des œuvres pleines d’émotion.

L’exposition se nomme Les yeux mi-clos et c’est bien ainsi qu’il faut faire la visite. Tout ici est dans l’imperceptible, le susurré, le délicat. Dans ce petit espace, ces deux passionnés ont réussi la gageure de réaliser un parcours avec trois ambiances différentes. Dès l’entrée, c’est une couverture tissée de Berlinde De Bruyckere qui nous accueille. « J’avoue que je ne l’avais jamais déballée depuis que je l’ai achetée », dit Veys, qui avait rangé l’œuvre dans ses réserves depuis 10 ans. Cette couverture n’a pas bonne mine de premier abord. Elle a les couleurs fanées des vieux tissus. Utilisée depuis le début de sa carrière par Berlinde De Bruyckere, la couverture est chargée de symboles : la réparation, le soin, mais aussi la douleur, la solitude. Une silhouette dont la tête est recouverte d’une pièce de textile hante le motif central. On le découvre au deuxième regard.

Un portrait au masque de Bernard Gaube détache sa présence mystérieuse. Un chapeau en feutre brodé d’Anila Rubiku voisine, ainsi qu’une horloge sans heure de LelloArnell, avec une sculpture représentant une montage enneigée de Yerbossin Meldibekov. Dans l’espace étroit qui mène à la pièce du fond court sur le mur une série de petits formats sur papier, d’une délicatesse et d’une poésie rares. Christophe Veys refuse de vendre les pièces qu’il a acquises. Voici un picotage Laurette Atrux-Tallau, deux petits textes griffonnés de Samuel Buckman, un dessin à l’encre de Paula Castro… Ils font face à une voile imprimée d’une nuée d’oiseaux, qui bouge au passage des visiteurs, de Lucie Lanzini.

Ensuite, voici une toile de LelloArnell et une sculpture reprenant deux chaises modernes emboîtées. Oriol Villanova est un artiste espagnol qui compose des ensemble d’images trouvées, dont ici on peut voir deux groupes de cartes postales à propos d’un vieux musée. Il s’est engagé à continuer à envoyer aux acheteurs de ses œuvres les cartes qu’il trouve plus tard. Deux petites œuvres de Cristina Garrido : textes imprimés réécrits au crayon, en un double précieux et trompeur, comme une conclusion : ce qui se dit ici est sensible, très précis, délicat et écrit en tout petit. Il ne s’agit pas de lire la notice mais plutôt de faire au fil de la visite de tout petits pas pour que chaque œuvre puisse vous envoyer son message personnel, à la fois secret, imperceptible, limpide et plein d’émotion.

Artistes exposés : Laurette Atrux-Tallau, Berlinde De Bruyckere, Natalia de Mello, Samuel Buckman, Paula Castro, Cedric Christie, Aurélien Froment, Cristina Garrido, Bernard Gaube, Lucie Lanzini, LelloArnell, Yerbossyn Meldibebikov, Jorge Pedro Núñez, Anila Rubiku et Oriol Vilanova

 

Les yeux mi-clos
Galerie Catherine Jozsa
24 rue Saint-Georges
1050 Bruxelles
Jusqu’au 27 juin
Du jeudi au samedi de 12h à 18h
http://www.jozsagallery.com/

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.