Tina Berning, le corps dessiné

Muriel de Crayencour
24 mai 2019

Au Rivoli Building, la Schönfeld Gallery présente une série de dessins de Tina Berning, artiste allemande qui pose, par sa pratique, un regard large et aimant sur le corps et particulièrement le corps des femmes et sa représentation au fil des époques. 

Née en 1969 à Braunschweig (Allemagne), Tina Berning a grandi dans cette petite ville proche des Alpes bavaroises. Elle a étudié le graphisme à Nuremberg et vit depuis vingt ans à Berlin. Elle réalise des illustrations pour des magazines internationaux comme The New York Times ou The Sunday Times Magazine, dessine des couvertures de livres pour des maisons d’édition et conçoit des affiches pour des lieux culturels comme le Deutsches Theater. Elle s'exprime longuement sur sa pratique du dessin dans le dossier de presse. Et c'est passionnant. "Dessiner, pour moi, c’est avant tout regarder, voir comment les choses sont montrées, les jeux de lumière sur les photos des vieux albums que je trouve sur les marchés aux puces. En quoi diffère la représentation de la femme actuelle de celle d’un livre sur Paris dans les années 1960 ? Qu’y a-t-il d’intemporel dans cette image ?" s'interroge-t-elle.

Aux murs de la galerie, sur différents papiers récupérés, souvent jaunis, à l'encre de couleur, posée en transparente, s'alignent des silhouettes esquissées. Parfois très élégantes, parfois plus brutes. Souvent des visages, beaux, dont le buste est représenté par la couleur qui coule, bave. Comme pour marquer le corps représenté morcelé, non complet. D'autres visages comme des masques, figés. Parfois, des collages ou ajouts de papiers cousus. Le fil, rouge, est comme un trait en plus. Parfois un motif plus abstrait, ici sur papier ligné, là sur feuille jaunie et déchirée sur un coin. Comme beaucoup de femmes artistes, le corps féminin est une matière à explorer, qui sert aussi à interroger plus profondément une identité féminine qui aujourd'hui se redéfinit puissamment. Nous en parlions déjà ici.

Tina Berning s'applique à dessiner chaque jour. Elle range ses dessins dans deux boîtes : Pas très bon et Pas trop mal. Une troisième boîte contient des bouts de papier destinés aux collages. Ce classement peut se modifier, tel un work in progress, certains dessins faisant soudain sens des semaines après avoir été déposés dans la première boîte. "Je m’assieds et je commence à dessiner, sans but précis. Je ne fais pas mais je trouve, tout à coup il y a quelqu’un en face de moi, qui me regarde depuis le papier. J’utilise souvent un vieux papier, fabriqué et destiné à une autre époque, que je réutilise aujourd’hui. Dessiner c’est apprendre à regarder, rechercher l’exceptionnel dans l’ordinaire. Je contemple la femme et l’humain avec amour, sans cynisme," détaille l'artiste.

Les dessins à voir aujourd'hui sont tous habités de cette recherche patiente et quotidienne. Une délicatesse s'en dégage. Chacun comme un petit trésor qu'on a envie de rapporter chez soi pour qu'il partage notre vie.

 

Tina Berning
You've Changed
Schönfeld Gallery
Rivoli building #21
690 chaussée de Waterloo
1180 Bruxelles
Jusqu'au 6 juillet
Vendredi et samedi de 14h à 18h
www.schonfeldgallery.com

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.